A LA PETITE MARIE
Enfant qui demandez « pourquoi je suis poète ! a Et pourquoi nuit et jour on fatigue sa tête A raconter eu vers son cœur et son esprit, Pourquoi je mets enfin mes rêves par écrit. Ecoutez-moi, petite et charmante personne... Tournez de mon côté ce grand oeil qui s'étonne : — Je vous connais d'hier, mon enfant, n'est-ce pas? Et l'on vous dit hier, discrètement, tout bas, Que vous deviez savoir quelque fable sans doute, ■ Des vers, » et l'on vous dit : « Commencez, on écoute ; » Et sans savoir mon nom, ni si j'ai fait des vers. Ayant pris tour à tour vos grands et petits airs, Vous avez commencé : o La leçon de lecture.
8o La Chanson de l'enfant.
Par Monsieur Jean Aicard, » avec votre voix pure.
— « D'où connais-tu ces vers? » Et vous vous arrêtez :
— « C'est à la pension qu'on nous les a dictés... »
Ainsi, mes vers, un jour livrés au vent qui passe, Me reviennent par vous, par l'enfance et la grâce! Ainsi, je touche à l'heure où, fût-ce d'un pied fort. On sent bien que déj i l'on descend vers la mort, Et de petits ei.fants, qui montent vers la vie. Le regard attentif, l'àme ouverte et ravie, Portent déjà mon nom en leur jeune cerveau, Un peu de mon esprit dans leur esprit nouveau! Ma pensée est mêlée à leur fraîche pensée; Je renais par leur vie à peine commencée, Et quand je dormirai dans l'ombre sans réveil, En eux vivront encor mes vers et mon conseil ! Sur leurs bouches en fleurs déjà mon âme vole! Des mères à leurs fils parleront ma parole, Et, renaissant toujours, mon esprit triomphant Voltigera sans fin sur des lèvres d'enfant!...
Voila « pourquoi je suis poète, n ma petite;
('/est pour que l'on m'apprenne et pour qu'on me récite :
C'est pour gagner, avec quelques vers familiers,
Figures d'enfants.
L'avenir, qui commence au cœur des écoliers... Tu ne me comprends pas, ma petite Marie? N'importe, redis-moi mes vers, puisqu'on t'en prie : Il m'est si doux de voir mon rêve sur ton front, Et d'espérer grandir dans ceux qui grandiront!