‹ La chanson de l'enfantChapitre 26 sur 58 · A MON PETIT AMI PIERRE-PAUL DAVID D'ANGERS · texte numérisé non relu

A MON PETIT AMI PIERRE-PAUL DAVID D'ANGERS

Pierre, vous avez deux grands-pères célèbres.

L'un, peintre, est Paul Huet.

Aux bois pleins de ténèbres Aux mers, où l'infini des ciels changeants se fond Avec les inconnus mobiles du grand fond. Aux falaises, debout sur les sables des grèves, 11 fait, par la couleur, raconter tous leurs rêves. Peintre. puissant, dans ses tableaux mystérieux Il répand en secret la présence des dieux, F.t l'œil, à chaque fois, croit toujours y surprendre

Un mot qu'il savait d'eux et qu'il fait presque entendre.

L'autre aî^ul fut sculpteur, et c'esl David d'Angers.

O Pierre, du milieu de vos jeux vous songez, Tous les jours, à vos deux grands-pères, cher espiègle. Vous savez que David a, sous son regard d'aigle, Cherchant le signe au front des hommes éclatants, Tenu tous les esprits illustres de son temps ; Qu'il a, comme une mer plus que l'autre infinie, Sondé tous les regards, tous les noms du génie, Et, dans le marbre dur fixant ce qui périt, Eternisé la forme où vécut tant d'esprit.

Les petits des lions ne sont pas des gazelles! Et vous êtes issu de deux âmes trop belles Pour n'avoir pas en vous, comme un divin trésor, Des dons pareils aux leurs, mais qu'on espère encor ! Car les petits lions n'o.it qu'à croître, mon Pierre. Les griffes et les dents, leur vigueur, leur crinière. La nature et le cours du temps les leur feront; Mais ce que l'homme, lui, porte là, sous son front, L'esprit, ne s'accroît pas simplement avec l'âge. Pierre, un homme n'est pas une bête sauvage :

Figures d'enfant*.

Lui-même se grandit. Comment? Lorsqu'il apprend,

Et c'est rester petit que rester ignorant.

... O charma:it écolier, quelle que soit la flamme

Que vos nobles aïeux aient mêlée à votre âme,

Vous pourriez laisser, vous, en votre âme finir

Cerclât des deux morts qui sont votre avenir!

Dès que vous comprendrez une pareille idée,

Que votre vie en soit suivie et fécondée!

Sur vos deux pères-grands tenez fixé votre œil,

Attendant, — déjà fier, — pour avoir de l'orgueil,

D'avoir vous même orné votre noble nature,

Paul, fils de Paul Hult, le bon maître en peinture.

Et d'avoir mérité ce nom de créateur :

Pierre, fils de David, le bon maître sculpteur.

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