‹ La chanson de l'enfantChapitre 47 sur 58 · MARCHAND D'ENFANTS · texte numérisé non relu

MARCHAND D'ENFANTS

Pinsons, fauvettes, bengalis, Achetez des oiseaux jolis Au pauvre marchand, bonnes âmes !

Achetez des fleurs, des oiseaux, Et des petits enfants nouveaux!

Marchand d'enfants, messieurs, mesdames!

Le brave homme allait son chemin Un grand panier dans chaque main, Une hotte sur son échine.

On y voyait des enfants nus, Et les Heurs, les oiseaux connus De l'Angleterre jusqu'en Chine.

174 La Chanson de V enfant.

J'entendis la voix du marchand

Et je lui dis en m'approchant :

« Voyons les enfants, mon brave homme:

Que d'enfants, d'oiseaux et de fleurs !

Combien celle-ci tout en pleurs,

Ou celui-là qui fait un somme? »

— « Vous voulez celle où brille encor De la rosée en perles d'or?

C'est une rose du Bengale ; Celui qui dort vient de si loin !

C'est l'oiseau bleu qui n'a besoin Que d'un bon soleil de cigale. »

— « Je parlais, marchand, mon ami, De ce bel enfant endormi,

Non de l'oiseau bleu qui repose; Je te montrais parmi tes fleurs Cette, petite fille en pleurs, Et non l'eau du ciel sur ta rose! »

— « Ah ! dit l'homme, choisissez donc ! Je vous demande bien pardon;

J'ai fait bien des erreurs pareilles ;

La Légende enfantine.

J'ai quelquefois beaucoup perdu

Pour avoir ainsi confondu

Tous les trésors de mes corbeilles! ■

Alors moi je lui répondis :

« Les deux anges du paradis, Combien coûtent-ils? Je les aime. »

— « Tous deux, la rose et l'oiseau bleu, Pour ces deux anges du bon Dieu Fixez, dit-il, le prix vous-même. »

Comme j'emportais ces deux-là,

Le brave homme me rappela :

« On ne sait pas encor, madame,

Ce qu'ils sont, je vous avertis,

Lorsqu'on me les prend si petits,

Et qu'ils ont moins de chair que dame.

« Vous venez de me- rappeler Que j'ai le tort de les mêler, L'enfant, l'oiseau, la fleur éclose; Les enfants y gagnent, je crois, Mais les uns aux autres, tous trois.

Se prennent toujours quelque chose.

« Vos deux petit? ont pris aux fleurs Leur beauté fraîche et leurs couleurs : Peut-être se faneront-elles!

Et puis, — veillez avec grand soin ! — J'en ai vu s'envoler au loin :

Quelquefois il leur vient des ailes! >

— « Je vais leur donner pour prison

Mon cœur, brave homme, et ma maison,

Et je les nourrirai moi-même;

Et, toujours fleuris de baisers.

Ils seront vite apprivoisés,

Les deux petits enfants que j'aime ! »

Et l'homme reprit en marchant :

« Achetez au pauvre marchand De jolis oiseaux, bonnes âmes; Achetez des fleurs, des oiseaux, Et des petits enfants nouveaux !

Marchand d'enfants, messieurs, mesdames!

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