LA MORT DES FLECRS
Oubliant ses oiseaux en cage et sa poupée. A l'or de ses cheveux mêlant des boutons d'or, Tout le jour au soleil la petite échappée Cueillit des fleurs, toujours des fleurs, encor, encor.
Dans le parc merveilleux qui lui semble un royaume, Elle court en chantant : Je suis Reine de Mai! Puis furtive, gagnant sa chambre qu'elle embaume, Elle jette les fleurs sur son lit parfumé.
La lune l'éclairait, perçant les hautes branches, Et l'enfant, au moment de s'endormir, crut voir Toutes les fleurs, bluets et lys. roses, pervenches. Par terre et sur son lit doucement s'émouvoir.
igo La Chanson de V enfant.
Or, toutes lui parlaient: « Pourquoi, lui disaient-elles, Avoir tant moissonné de rieurs en un seul jour? Il ne fallait cueillir qu'un bouquet des plus belles: Mais à présent, tu vas te flétrir à ton tour! »
— « Hélas! l'enfant de l'homme est cruel quand il joue, Dit la rose, maudit soit-il à peine né! Ma mort fera pâlir mes couleurs sur ta joue: Dieu te reprend mon sang que je t'avais donné. »
L'enfant avait la fièvre et, dans un lent vertige, Elle entendit un lys qui perdait sa fraîcheur Lui dire, se dressant à demi sur sa tige: « A ton front transparent }z reprends ma blancheur. »
Et le coquelicot : « Moi la pourpre à ta lèvre. » Le bouton-d'or : « Et moi l'éclat de mon or pur A tes cheveux. » — « Et moi dans tes yeux pleins de fié Dit le bluet mourant, je reprends mon azur. »
Des soupirs s'exhalaient des corolles fanées: « Nous remportons vers Dieu, disaient toutes les fleurs, Les grâces du printemps que nous t'avions données, Ton âme et nos parfums, ton corps et nos couleurs! »
La Légende enfantine. 19;
Corolles, fermez-vous : les paupières sont closes! Et vous avez fini, dans ce monde mortel, Vous, ô lys, d'être blancs; vous, roses, d'être roses, Et votre âme odorante est remontée au ciel.