Voy. le vocabulaire du 1. 1, au mot are
€ cée ; mais les Français sont mauvais et durs en tout ; « ils opt dur courage et cœur de lion. Ils sont forte- € ment irrités [2920] du malheur qui leur est arrivé € avec ceux que nous avons maltraités et tués à Puc jols. Faisons en sorte de ne pas nous compromettre, i Alors les courtois corneurs sonnent rassemblée, afin que tous sortent avec leur équipement et se rendent droit à Muret où est le roi d'Aragon. [2925] Par les ponts sortent chevaliers, bourgeois, et le peuple de la ville ; en toute hâte ils sont venus à Muret où ils laissèrent leur équipement, et tant de bonnes armures, et tant d'hommes courtois. Ce fut grand péché, Dieu et Foi me viennent en aide ! [2930] et le monde entier en valut moins.
Le monde entier en valut moins, sachez-le en vérité, car Parage en fut détruit et chassé, et toute la chrétienté honnie et abaissée. Or oiez, seigneurs, comme ce fut, et écoutez : [2935] Le bon roi d'Aragon fut à Muret tout armé, et le comte de Saint-Gilles avec tous ses barons ; et les bourgeois de Toulouse et le commun peuple eurent mis en position et dressé les pierriers, et combattent Muret tout à l'entour et de tous côtés, [2940] tellement que dans la ville neuve ils sont tous ensemble entrés, et ont pressé les Français qui l'occupaient, de façon qu'ils durent se réfugier dans le donjon du château. A ce moment un messager est venu au roi : « Sire roi d'Aragon ; sachez en vérité [2945] c que les hommes de Toulouse ont si bien fait qu'ils c ont pris la ville, si vous le voulez bien, enfoncé les
c planchers et ruiné les maisons ; et ils ont chassé les c Français de telle sorte qu'ils se sont tous réfugiés « dans le donjon du château. » [2950] A cette nouvelle, le roi fut peu satisfait ; il se rend aussitôt auprès des consuls de Toulouse et leur a recommandé en son nom de laisser en paix les hommes de Muret : c Si nous les prenions, nous ferions folie, [2955] car j'ai eu brefs scellés portant que Simon de Montfort viendra demain en armes. Et quand il sera entré et enserré là-dedans, que Nuno mon cousin1 sera arrivé ici, alors nous assiégerons la ville de toutes parts, [2960] et nous prendrons les Français et tous les croisés de telle sorte que jamais leur perte ne sera réparée ; puis Parage sera partout remis en splendeur, au lieu que si nous prenions maintenant ceux qui sont enfermés [dans le château de Muret], Simon s'en fuirait par les autres comtés ; [2965] et si nous nous mettons à sa poursuite, notre peine sera double.
1. Nunyo en aragonais, NuSio en espagnol. Il était fils de D. Sanche, comte de Roussillon et de Cerdagne, et petit-fils de Raimon Berengar IV, roi d'Aragon, le père de Pierre H; par conséquent cousin-germain de ce dernier. L'espoir qu'exprime ici le roi fut déçu. Nunyo Sanchez avait annoncé son arrivée, mais le roi, selon ce que nous apprend la chronique de Jacme I d'Aragon, ne voulut pas l'attendre. U arriva sans doute après la bataille de Muret, car Jacme nous le montre alors guerroyant contre les Français du côté de Narbonne (ch. IX, éd. Aguilô, p. 17). Plus tard, devenu comte de Roussillon à la mort de son père (vers 1222), Nunyo s'allia à Louis VIII contre les Albigeois (1226). L'époque la plus brillante de sa vie fut celle où il prit une part importante à la conquête des Baléares et de Valence. Il mourut en 1241 (voy. Art de vér. les date», II, 335-6 ; J.-M. Quadrado, Historia de la Consista de MaUorcay Palma, 1852, p. 403-4). Aimeric de Belenoi composa en son honneur une complainte : c Ailas ! per que viu lonjamen ni dura » (Diez, Leben u. Werke d. Troubadours, p. 557 ; MiÛ y Fontanals, Trovadores enEspafta, p. 193-6).
c 11 vaudrait donc bien mieux que nous fussions d'ac-
c cord pour les laisser entrer ; alors nous tiendrons les
c dés, et nous ne les lâcherons pas jusqu'à tant que la
t partie soit finie. Voilà ce que je veux que vous leur
c disiez. »