Voir le vocab. au mot cadafalc
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fait des barricades palissadées, et poste à Sainte- Pâque l les contingents comtaux. Au pied de la roche est la flottille, tellement [3955] qu'ils ont tout en abondance, l'eau et le chrême (?). Puis ils s'écrient : € Avant toute chose, attaquons la Redorte*.
c Attaquons la Redorte, car nous allons pouvoir c l'enlever. > Là vous auriez vu sauter, courir, se précipiter3, [3960] l'un contre l'autre crier et lutter; le père n'attendait pas fils ni gendre4. Us brisent et
1. En ce temps l'église principale de Beaucaire, déjà mentionnée dans un texte de 1070 (Vaissète, II, pr. n° cci.n), et démolie après 1268 (Byssette, Histoire de Beaucaire, II, 232). Elle était située entre l'église, actuellement subsistante (mais refaite), de Notre- Dame des Pommiers, et le château, auquel elle confinait du côté du Nord.
2. La Redorte était une fortification établie sur le prolongement de la colline où est construit le château de Beaucaire, au nord-est du château, à l'endroit où se trouvent maintenant des moulins à vent. Actuellement cette position, qui est presque au môme niveau que le château, en est séparée par une tranchée qui a conservé le nom de « chemin de la Redoute ; » mais cette tranchée est de date récente'. La c munitio de Redorta • est mentionnée dans l'hommage rendu à l'église d'Arles en janvier 1215 par Simon de Montfort pour le fief dé Beaucaire (Doat, LXV, 59). Au même lieu se rapporte l'exemple de redorta cité par Raynouard, Lex. rom. V, 386, d'après la chronique de Montpellier (Thalamus, Bibl. nat. fr. 11795, fol. lxvii; cf. Le petit Thalamus de Montpellier, p. 331) :
• et en aquel an (1206) lo coms R. près en Pons de Montlaur,
c e l'endeman de l'Assension hom lo gitet de la redorta de Bel* • cayre en avall, en R. de Belluoc ab el. • C'est donc à tort qu'au vocabul. Redorta a été considéré comme un nom commun.
3. Détendre, v. 3959, mais je crois qu'il faut corriger descendre.
4. Cf. une locution analogue au v. 1186; de môme dans la Relation de la Prise de Damiette (Recueil d'ane. textes, partie
214 GEoisADB courras les albigeois. [4246]
enfoncent murs et portes , ils apportent le feu , et commencent à incendier. Là vous auriez pu voir tendre tant d'arbalètes, [3965] tant de carreaux s'élever en l'air, tant de moellons jetés de haut en bas , lancer tant de pierres, détendre tant d'arcs, les Provençaux combattre, les Français se défendre! À haute voix les uns s'écrient : c Vous êtes pris ! » et les autres répondent : c Nous vous entendons bien, [3970] c mais avant que vous nous preniez, nous nous € vendrons chèrement. » Mais la fumée, le feu, la flamme, la chaleur1, les ont mis en une telle détresse qu'ils ont peine à se défendre2. Et l'un dit à l'autre : c Nous ne pouvons leur résister davantage ; rendonsc nous à merci avant de nous laisser brûler. » [3975] Pierre de Saint-Prais est entré en négociation pour qu'on le laisse sortir et se rendre vers le comte [de Toulouse]3. De toutes parts vous eussiez entendu disputer et rivaliser d'efforts, les uns montant, les autres descendant. A haute voix ils s'écrient : « Désormais il « ne peut nous mésarriver. [3980] Jésus-Christ glo-
provenç. 34, 86) : c el fiih non agardava lo payre, nil payres lo « filh. i f . P.-é. la cendre, en faisant au v. 3971 une légère modification.
2. Le vers 3972 est corrompu, voy. Romania, IV, 276, et Revue des langues romanes, 2, I, 197-8.
3. Lacune ici? voy. au t. I la note du v. 3976. D'après la réd. en prose, qui confond l'attaque de la Redorte avec celle du château proprement dit, les assiégés proposaient de rendre la place à condition d'avoir la vie sauve , condition qui alors fut repoussée, mais que les assiégeants acceptèrent plus tard. — Quant à Pierre de Saint-Prais (dont l'origine m'est inconnue) , il faut croire qu'il réussit à se ménager une petite capitulation particulière, s'il doit être identifié avec le t Peire de Saint Praiss » qu'on trouve en 1230 bailli de Lavaur pour le comte de Toulouse (Teulet, Layettes du Trésor, n° 2078).
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€ rieux qui mourut un vendredi nous rétablit Pac rage1 ! *
avili.
c Dieu, restaurez Parage et observez raison ; main- € tenez droiture et abaissez trahison! > Ensuite ils s'écrient tous d'une voix : [3985] c Combattons le c château, la grande porte et le perron ! — Seigneurs, > dit R. Gaucelm*, c je vous donnerai bon conseil : le c château sera vôtre, et ceux qui y sont, mais d'abord c faisons un mur de pierres sèches avec de doubles c échafauds et de solides escaliers. [3990] Qu'il y ait € à chacun des portails, et pour le défendre, un pier- € rier braqué de façon à tirer à grande comme à c petite distance8. Nous avons à faire à un homme
1. Il y a plusieurs corrections à faire aux vers 3980-1. Voy. aux Additions et corrections.
2. Ge personnage parait encore au v. 4371. Dans les deux passages son nom est abrégé. Il s'appelait Raimon ou Rostanh. C'était unTarasconais. En 1199 les habitants deTarascon choisirent comme arbitres d'un débat existant entre les nobles et les bourgeois de la ville « Raimundum Gaucelmum (ou Ganc-) et Rostagnum fratrem c ejus » (Arch. de Tarascon, Livre rouge). En 1209 (n. s.) c Rayc mundus Gaucelm » est témoin à un acte d'Alphonse H, comte de Provence, que j'ai publié dans la Romania, II, 431.
3. Ge mur devait empêcher les sorties de la garnison du château» comme on le verra plus loin par le discours de Lambert de Limoux (v. 4085 et s.). On a vu plus haut, p. 212, que de ce côté la ville n'avait d'autre défense que le château lui-même. Mais il est moins facile de déterminer l'emplacement des portais du v. 3990. La réd. en pr. entend qu'il s'agit des portais du château, contre chacun desquels étaient dirigés quatre pierriers : c a cada portai delà, castel c a faict adressar quatre (Fauteur a lu .ro/\ au lieu de un) peyrie- « ras per tirar contra lod. castel » (p. 67). Cette interprétation est
c mauvais et dur, sans merci, au cœur de lion ; et s'il c amène des forces contre nous, nous aurons une c défense, [3995] et désormais ne craindrons plus c aucun assaut. » Us répondirent : t Nous tenons le c conseil pour bon. » Arbert le prêtre leur a fait un bref sermon : c Seigneurs, je vous semons au nom de « Dieu et du comte : celui qui travaillera au mur de c pierres sèches et y mettra du sien, [4000] en aura < bonne récompense de Dieu et du comte, et, je le c jure par l'ordination que j'ai reçue, son salut est c assuré. » Tous s'écrient ensemble : t Allons tous c ensemble au pardon1 ! » — Mais la nuit approche avec le ciel resplendissant ; sergents et damoiseaux ont fait le guet, [4005] et même les chevaliers, tout à l'entour du château. À l'aube du jour on crie que tous sortent en masse : personne ne s'y refuse, et ils commencent le mur, le terrassement et la construction. Onques en nulle œuvre vous ne vîtes si riches maçons, [4010] car les chevaliers et les dames apportent le blocage, et damoiseaux et damoiselles les matériaux et le charbon , chacun disant ballade, vers ou chanson . Ils eurent bientôt fait tant d'ouvrage, qu'ils n'eurent plus à redouter Français ni Bourguignons. [401 5] En dedans de ce mur furent les tentes et les pavillons. Ils fortifièrent Sainte-Pâque. Puis ils délibérèrent de construire un bosson pour battre le donjon et tirer à
douteuse : il n'est guère probable que le château ait eu plusieurs grandes portes; il s'agit donc plus vraisemblablement de celles de la ville. — Je proposerais volontiers de corriger au v. 3991 : e que[x] defendal so, c et que chacun [des pierriers] défende son portai. » 1. Par perdoy comme aux vers 686 et 763, on entend une œuvre à laquelle est attachée une indulgence.
ses défenseurs1, et d'en confier la garde à Gui de Cavaillon [4020] et à ceux deValabrègue qui sont loyaux et bons. Ils occupèrent le rivage à l'entour du donjon, de sorte que personne n'en sorte ou n'y entre en cachette, qu'on ne puisse y abreuver les chevaux, ni leur aller chercher de l'eau. Par le pays viennent denrées et fournitures, [4025] bœufs et vaches, porcs et moutons, oies et poules, perdrix et chapons, blé et farine et venaison, et le vin de Genestet* qui coule avec tant d'abondance qu'on eût dit une terre promise. [4030] Le comte Simon ne tarde pas à apprendre qu'il a perdu Beaucaire, que cette ville ne sera plus rien pour lui ; que Lambert de Limoux , Rainier de Ghauderon8 sont au haut du château avec le reste de la garnison. Et quand il apprit ces nouvelles, il en fut
1. P. de V.-C. (Bouq. 106 c) : c Fecerant autem hostes circa f munitionem, a parte exleriori, murum et fossatum, ne nostri ad
• munitionem accedere possent*; ipsam praeterea munitionem c cum machinis quae dicuntur petrariae acriter infestabant, crebros c praeterea et duros insultus nostris qui erant in munitione faciec bant; sed nostri se viriliter ac mirabiliter defendebant, et ex eis c plurimos occidebant. Fecerunt etiam hostes arietem (c'est le « bosso du y. 4017) mirée magnitudinis, quem applicantes ad muc rum munitionis, ipsum murum fortiter concutiebant. Nostri c vero, per mirae probitatis et subtilitatis artificia, ita impec diebant ictus arietis quod in nullo vel in modico debilitaverunt
• murum. »
2. Le Genestet est un quartier du territoire de Beaucaire , situé sur la gauche de la route de Nîmes (section H du cadastre de la commune), qui, jusqu'aux ravages des phylloxéras, a été cultivé en vigne. Voy. Eyssette, Hist. de Beaucaire, II, 273-4.