‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 161 sur 303 · Lo Fiâmes? Il parait encore an v · texte numérisé non relu

Lo Fiâmes? Il parait encore an v

valeur : puisqu'elle m'enlève la Provence, je reprendrai la Provence à ses lirais. — Sire frère, » dit

Gui, c un bon conseil : bornez-vous à prendre de toute la richesse de Toulouse le quart oh le cinquième , [5050] les nouvelles pousses donneront de plus belles espérances1; au lieu que si vous la détruisez sans pitié, par toute la chrétienté vous en aurez mauvais renom, et vous vous attirerez la colère de Jésus -Christ et les reproches de l'Eglise, — Frère, » dit le comte, c tous mes compagnons [5055] veulent me quitter, parce que je n'ai rien à leur donner, et si je détruis Toulouse, je ne le ferai pas sans cause : ils me veulent du mal ; moi je ne leur voudrai pas de bien. Avec l'argent que je tirerai d'eux j'ai l'espoir que je reprendrai Beaucaire et que j'aurai Avignon. » [5060] Maître Robert9 s'exprima

ainsi : c Sire comte, je vais vous faire un sermon bon à entendre3. Depuis que le pape vous a élu, vous eussiez dû observer droit et raison, et ne pas causer d'embarras à l'Église. [5065] Puisqu'ils n'ont point commis de trahison envers vous, vous ne devriez pas les ruiner, sinon après jugement. Et si vous observez la justice dans votre poursuite, ils ne doi-

1. C.-à-çL, je pense, « il y aura plus de chances pour que la < richesse de la ville se refasse. •

2. Qualiûé de « sage légiste » au v. 5222. Il ne figure que dans les négociations actuelles entre Simon de Montfort et les Toulousains. Il est visiblement avec Simon, s'effbrçant toutefois de jouer le rôle d'un conciliateur. Les circonstances dans lesquelles il parait, l'avis prudent qu'il donne à un Toulousain compromis (voy. v. 5275), portent à croire qu'il était de Toulouse.

3. Je ne traduis pas ab bêla enquestio qui ici et v. 5090, comme souvent enques, est employé sans propriété, en vue de la rime.

c vent rien perdre de leurs biens ni souffrir tour- € . ment. » Parlant ainsi , ils arrivèrent près de la ville. [5070] A ce moment voici l'évéque, piquant des deux : il entre par les rues, donnant sa bénédiction; puis, usant de prière et de commandement, il leur dit : < Barons, sortez de la ville, allez près du bon comte; car puisque Dieu et l'Église et moi vous l'avons donné, [5075] c'est un devoir pour vous de le recevoir en grande procession. Si vous l'aimez bien, vous en serez récompensés en ce monde, et vous aurez, dans l'autre, la place des confesseurs '. U ne veut rien du vôtre : loin de là , il vous donnera du sien , et en sa garde vous prospérerez de plus en . plus. — [5080] Seigneurs, » dit l'abbé de Saint-Cernin », monseigneur l'évéque dit vrai, et vous perdez le pardon. Allez donc jusqu'au comte, pour recevoir son lion3. Faites que sa mesnie se loge librement dans vos maisons, et ne le refusez pas. [5085] Vendez-leur honnêtement : ils ne vous feront pas tort pour la valeur d'un bouton. » Là-dessus ils se rendirent au dehors, dans les champs; celui qui n'avait pas de cheval s'y rendit à pied. Mais voici que par toute la ville se répand une rumeur [5090] qui dit : c Barons, rebroussez chemin tout doucement et c secrètement : le comte demande des otages et veut

1. Confetsio désigne ici, comme en beaucoup d'autres textes, la gloire réservée aux c confesseurs •, c.-à-d. à ceux qui, sans pourtant avoir subi le martyre, avaient mené une vie sainte; voy. Du Gange, confetsio 2, et confessor 1 .

2. Jordan, abbé de 1212 à 1232 ou 1233, Gall. Christ. XII. 95.

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