Vianders, voy. le vocabulaire
[4248] CftOMAME CONTEE EB9 ALSMBOIB. 449
Mais bien vite ils se remettent, s'élancent au dehors entre les jardins et les vergers, et sergents et dardiers occupent la place. [8430] De menues flèches, de carreaux doubles, de pierres rondes,, de grands coups portés sans relâche (?) , la fureur est telle des deux côtés, qu'il semble que ce soit vent, pluie ou torrent. Mais du parapet de gauche un archer tire [8435] et frappe le comte Gui sur le chef du destrier : le carreau s'enfonce dans la cervelle [du cheval] ; et au moment où le cheval tourne, un autre arbalétrier lui décoche en flanc d'une arbalète à tour, et frappe Gui de telle sorte au côté gauche, [8440] que dans la chair nue est resté l'acier, et que le côté et les braies sont rouges de sang. Le comte [Simon] vient à son frère qui lui était cher, descend à terre et prononce des paroles impies : c Beau t frère, > dit-il, c [8445] Dieu a pris en haine mes comc pagnons et moi et protège les routiers : pour cette c blessure je me ferai hospitalier1. » Tandis que Gui parle et gémit, il y a dans la ville une pierrière que fit un charpentier : la pierre est lancée du haut de Saint-Sernin , [8450] et c'étaient des dames, des femmes mariées, des jeunes filles qui servaient l'engin. Et la pierre vint tout droit là où il fallait, et frappa si juste le comte sur le heaume d'acier qu'elle lui mit en morceaux les yeux , la cervelle, les dents, le front, la mâchoire; [8455] et le comte tomba à terre mort, sanglant et noir*. Gaucelin et Rainier
4. Moine hospitalier, non pas frère de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
2. Le récit de la mort de Simon est orné de circonstances légendaires dans P. de V.-C. (Bouq. 112 de):i Dnm staret
accourent au galop, et vite» en hommes prudents, le couvrent d'une chape bleue, et l'épouvante se répand. Là vous auriez entendu gémir tant de barons chevaliers, [8460] qui pleurent sous le heaume, et disent des paroles amères ! A haute voix ils s'écrient :
t cornes fortissimus ... cum suis ante machinas suas, ne hostes c denuo exirent ad saepedictas machinas diruendas, ecce lapis « mangonelio adversariorum projectus percussit in capite militem « Jesu-Christi, qui, ictu lethali accepto, pectus suum bis percutions, « Deoque et beats Virgini se commendans, morte imitatus beac tum Stephanum, et ipsius lapidatus in urbe*, cum ipso in c Domino obdormivit. Nec silendum quod.... priusquam ex ictu « lapidis vulnus excepisset mortale, quinque a sagittariis vulnera c receperat ad similitndinem Salvatoris. » Ces circonstances sont inconnues à Guill. de Puyiaurens, qui est d'accord avec le poème pour affirmer que Simon mourut sur le coup, c cominus exspiravit » (Bouq. 213 b) .
Jean de Garlande a consacré l'un des paragraphes de son Dictionnaire à rénumération de machines de guerre et d'armes qu'il dit avoir vues à Toulouse au temps de la guerre. Il ajoute qu'à l'occasion de la mort de Simon furent faits ces deux vers (il ne nomme pas l'auteur) où, comme dans P. de V.-C., Simon est comparé à saint Etienne :
Hic qui per lapidera Stéphane» celestia pridem Contulit, illud idem Simoni comiti dédit idem.
(8cheler, Iahrb* f. roman. LUer. VI, 310; Hauréau, Notice sur les œuvres de Jean de Garlande , . dans les Notices et extraits des mss. XVII, ii, 46.)
Le même J. de Garlande confirme l'assertion du poème, que la pierriére qui frappa Simon était servie par des femmes : c .... ut c audivi dici, Tholosane matrone traxerunt perrariam cum qua « interfectus fuit cornes Montisfortis • (Scheler, /. /. p. 312; Hauréau, p. 47). Il dit la même chose en mauvais vers dans son poëme de Triumphis Ecclesie, livre V, p. 87 de l'édition publiée par Th. Wright pour le Roxburghe Club, cf. Rist. litt. XXII, 86.
* La cathédrale de Toulouse est dédiée à saint Etienne.
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c Dieu, tu n'es pas droiturier, puisque tu souffres « la mort du comte et notre perte : bien est fou € qui te soutient et se fait ton homme, quand le c comte, qui était juste et soutenait la bonne cause, c [8465] est mort d'un coup de pierre, comme un c mécréant. Et puisque tu fais périr même les tiens, c jamais plus en cette terre nous n'aurons affaire. » Ils portent alors le comte aux clercs lisants, et le cardinal, l'abbé, l'évéque Folquet, [8470] le reçurent dolents avec croix et encensoirs.
Cependant à Toulouse entra un messager qui conta les nouvelles : telle est l'allégresse que par toute la ville on court aux moûtiers, on allume les cierges sur les chandeliers, [8475] on pousse des cris de joie \ car Dieu est miséricordieux, car Parage resplendit et désormais est sûr du triomphe, tandis que le comte, qui était méchant et homicide , est mort sans avoir fait pénitence, en punition de sa cruauté. Mais les cors et les trompes et la joie générale, [8480] les carillons, les volées, les sonneries des cloches, les tambours, les timbres, les menus clairons, font retentir la ville et le sol pavé. Alors par toutes les routes on lève le siège qui était outre l'eau et occupait la grève*, [8485] mais ils abandonnèrent les troupeaux (?) et les bêtes dé somme, les pavillons, les tentes, les harnais et l'argent ; et les
1. Il est possible que l'expression « cridar » ou c escridar la joia » (vv. 3819, 3928, 7669-70) ait quelque chose de spécial ; elle indique peut-être un cri particulier usité dans des circonstances heureuses.
2. Selon la réd. en pr. (voy. 1. 1, p. 343 n.), le siège aurait été levé de ce côté par les croisés à la suite d'une attaque heureuse des Toulousains.
422 CBOIBADB GOlfTEl U0 ALNOEOIS. [4248]
hommes de la ville firent de nombreux prisonniers. Mais eeux de Toulouse perdirent tel qui leur fit bien faute : Àimeriguet l le jeune, courtois et agréable , [8400] oe qui fut un grand dommage et une perte bien sensible à tous ceux de la ville.
Pour tous ceux de la ville la mort de Simon fut une bonne fortune qui mit la lumière à la place de l'obscurité, qui fit briller la clarté d'un plus vif éclat, [8495] qui releva Parage et mit orgueil en terre. Les trompes, les clairons, les cors, les carillons, la joie de la pierre qui avait frappé le comte, raniment les forces, les courages et l'ardeur : chacun sort en armes [8500] et on va incendier la chatte, sans que personne vint éteindre le feu . Toute la nuit et le jour la ville fut dans l'allégresse, tandis qu'au dehors les assiégeants soupiraient et frémissaient. Quand le jour brilla, le cardinal de Rome et les autres puissants barons, [8505] Févèque et l'abbé qui porte le crucifix délibérèrent ensemble sur l'antique pavement2. Le cardinal parle de façon à être entendu de tous : c Seigneurs barons de France, c écoutez mes paroles : grand est le mal et le dommage, c grande est la douleur et la détresse [8510] que t nous ont causés cette ville et nos ennemis. Par « suite de la mort du comte nous sommes en telle dé- « tresse que nous en perdons la force, et le grain et la
• 1. Aùnerigu* c'est èe ils 4'Aimeric, nom fréqaeat à Toulouse; vay. p. 27a n. 1.