C'est-à-dire avec les hérétiques (les Bougres
4. Il y eut à Garcassonne, en février 1204 (n. s.), entre les hérétiques et les inquisiteurs de la foi, et en présence du roi d'Aragon, une conférence qui nous est connue par un acte émanant de Pierre d'Aragon lui-même. Cet acte, qui est une sorte de circulaire, est donné comme t tiré des Archives de Garcassonne • par le P. Benoist, Bist. des Albigeois et des Vendais, I, 269, et a été publié de nouveau, d'après un ms. (cartulaire ?) du xra* siècle appartenant à un particulier, par Gompayré, Études historiques et Documents inédite sur V Albigeois (1841, in-4«), p. 227. Malgré
en Italie . Je ne sais qu'en dire, puisse Dieu me bénir ! ils se soucient de la prédication comme d'une pomme pourrie. Cinq ans, ou je ne sais combien, ils se comportèrent de la sorte ; ils ne veulent point se convertir, cette gent égarée : [55] par suite de quoi maints hommes ont été tués, mainte gent a péri et périra encore jusqu'à ce que la guerre soit finie, car il ne peut en être autrement.
En l'ordre de Glteaux il y eut une abbaye, sise près de Lerida1 qu'on appelait Poblet; [60] un homme de bien en était abbé. Parce qu'il était savant, il montait de grade en grade, [si bien] que d'une autre abbaye, Grandselve , — car on sut qu'il était là [à Poblet], et on l'en amena — il fut élu abbé ; et puis ensuite [65] il fut abbé de Glteaux, car Dieu l'aimait2.
quelques différences de lecture entre les deux éditions, il est à croire que le môme ms. a servi à l'une et à l'autre. Quoi qu'il en soit, le texte rapporté par le P. Benoist est le seul document par lequel Yaissète (III, 135) ait connu la conférence de 1204. C'est vraisemblablement à la même pièce que fait allusion le v. 50. Mais il ne paraît pas que l'évoque d'Osma, qui provoqua diverses conférences avec les hérétiques en 1206 et 1207 (voy. G. Schmidt, Cathares, II, 210-4), ait assisté à celle de 1204. Il y aurait donc eu confusion de la part de G. de Tudèle.
4. L'abbaye cistercienne de Poblet, située un peu à l'ouest de Montblanch, entre Tarragone et Lerida, est à 35 kil. environ de cette dernière ville. Elle rat fondée par R. Berenger IV; voy. Marca Hispanica, p. 504, et Yaissète, II, 448. L'acte de fondation (18 février 1150, n. s.) s'en trouve dans la collection Doat, t. LIX, fol. 8.
2. Arnaut Amalric, abbé de Granselve, dioc. de Toulouse, 1199
Ce très saint homme allait avec les autres par la terre des hérétiques et les prêchait afin qu'ils se .convertissent ; et plus il les priait 9 plus ils le raillaient et le tenaient pour sot. [70] C'est pour ce faire qu'il était légat : le pape lui ayant donné tant de pouvoir qu'il les abattait partout, la gent mécréante !
....' et l'abbé de Gtteaux, que Dieu aimait tant, qui avait nom frère Ârnaut, au premier rang, [75] à pied et à cheval allaient disputant contre les félons hérétiques qui étaient mécréants et les pressaient vivement de leurs discours ; mais ils n'en ont cure et les méprisent. En ce temps Peire de Gastelnau passa [80] vers le Rhône en Provence, avec son mulet ambiant; il excommunia le comte de Toulouse, parce qu'il soutenait les routiers qui vont ravageant le pays*. Alors un écuyer qui fut plein de méchanceté, afin de se rendre désormais agréable au comte, [85] le tua en trahison en passant par derrière lui, et le frappa à l'échiné avec son épieu tranchant8, et puis s'en fuit
à 1200 (Gall. Christ. XII, 134); de Citeaux, 1200-12 (Gall. Christ. IV, 990).
1 . Voir au 1. 1 la note sur le v. 73; cf. Pierre de Vaux-Cernay, ch. v.
2. t Praeterea ruptarios mirabili quoque amplexatus est affecta « dictus cornes, per quos spoliabat ecclesias, monasteria destruec bat... i P. de V.-C. ch. rv. L'excommunication prononcée par Peire de Gastelnau fut confirmée à la date du 29 mai 1207 par une lettre singulièrement violente du pape Innocent (1. XI, ep. lxix; Potthast, n° 3114).
3. Le meurtre de Peire de Gastelnau eut lieu le 15 janvier 1208 (n. s.), dette date est fournie par le nécrologe du prieuré de
avec son cheval courant, à Beaucaire d'où il était, où furent ses parents. Mais1, avant de mourir, levant ses mains au ciel, [90] il (Peire) pria Dieu, en présence de tout le peuple de pardonner ses péchés à ce félon sergent, quand il eut reçu la communion, vers le chant du coq ; il mourut après, à l'aube naissant. L'âme s'en est allée au Père tout puissant ; [95] à Saint-Gilles on l'enterre avec force cierges allumés, avec force Kyrie eleison que chantent les clercs.
Quand le pape sut, à qui on dit la nouvelle, que son légat avait été tué, sachez qu'elle lui fut pénible. De l'affliction qu'il en eut il tint la main à sa mâchoire1 [100] et invoqua saint Jacques de Gompostelle, et saint Pierre de Rome qui gît en la chapelle. Quand il
Gassan : XVIIII cal. Febr. obiit Petrus de Castronovo, D. pape legatus, presbpter et monachus Fontis Frigidi (Vaissète, II, pr. p. 15). Les deux récits originaux les plus circonstanciés que nous ayons de sa mort sont celui de Guillaume de Tudèle et celui qu'Innocent III a inséré dans deux lettres du 40 mars 1208 (1. XI, ep. xxvi-xxix, Potthast n« 3323 et 3324; cf. P. de V.-C. en. vin). Ces deux récits se complètent mutuellement et ne se contredisent sur aucun point, sinon que le pape (comme aussi P. de V.-C. ch. lxiv) suppose que le meurtre eut lieu à l'instigation du comte de Toulouse. Dans une lettre postérieure de quatre ans (1. XV, ep. en), il se borne à l'en déclarer très-suspect {valde suspectus).
1. Ce t mais » (pero) n'est guère motivé ; p.-é. y a-t-il une omission entre les vers 88 et 89.
2. C'est dans les chansons de geste le signe ordinaire d'une vive affliction :
Par irour tint sa main a sa maissele. (Raoul de Cambrai, p. 48.) Et Geris pleure sa main a sa maissele (Ibid., p. 136.)
eut fait son oraison, il éteignit ie cierge1. Là fut frère Arnaut, l'abbé de Ctteaux, et maître Milon * qui parle en latin, [105] et les douze cardinaux tous en rond. Là fut prise la résolution par suite de laquelle s'émeut la ....'dont beaucoup d'hommes ont péri éventrés, et mainte riche dame, nombre de belles pucelles, [ont été dépouillées], de sorte qu'il ne leur resta ni manteau ni gonelle. [110] D'au de là4 de Montpellier jusqu'à Bordeaux il mande qu'on détruise tout ce qui lui résistera; ainsi que le rapporte maître Pons de Mêla, envoyé par le roi qui tient Tudèle ', le seigneur de Pampelune et de l'Estella, [1 1 5] le meilleur chevalier qui onques montât en selle. Miramolin * le sait, le chef des païens7. Le roi d'Aragon y fut et le roi de Gastille*. Tous ensemble y frappèrent de leur lame tranchante, et je pense en faire encore une bonne chanson nouvelle, [120] toute en beau parchemin.
1. Ge trait doit se rapporter au cérémonial de l'excommunication.
2. Milon, légat du pape à partir de ce moment, voy. P. de V.- C, chap. ne et x. — La présence de l'abbé de Giteaux à ce conseil est fort douteuse. En effet, P. de V.-G. ne fait point mention de lai alors qu'il parle (au commencement du ch. ix) du voyage à Rome des évoques de Toulouse et de Gonseiaris. Bien plus, au ch. x, il nous montre Milon et son compagnon Thédise se rendant en France en exécution des ordres du pape, et allant tout d'abord à Giteaux pour y conférer avec l'abbé.