Cf. p. 2, note
2. Ces plaintes contre l'avarice des seigneurs, considérée comme un signe de décadence, sont une sorte de lieu commun auquel il faut se garder d'attribuer trop d'importance. Dès le milieu du xne siècle, Yuace oppose la parcimonie des seigneurs de son temps à la libéralité de leurs devanciers : voy. mon Choix d'anciens textes, p. 294, y. 143 88.
[4209] GBOISADB COOTUB LES ALBIGEOIS. 43
Quand le comte de Toulouse, à qui était Beaucaire, vit que le vicomte son neveu lui était contraire et que tous ses ennemis lui voulaient faire la guerre, il sut bien que les croisés ne tarderaient guère [225] à le poursuivre jusqu'en son plus profond repaire. Il envoya là-bas en Gascogne, pour l'archevêque d'Auch qui était son compère, supposant qu'il se chargerait du message et ne voudrait pas s'y refuser. [L'archevêque] et l'abbé de Gondom, un brave clerc, [230] Raimoh de Rabastens qui donnait largement1, le prieur , de l'Hôpital, bon médecin ; tous ceux-là iront à Rome, puis à l'Empereur. Us traiteront avec le pape (car ils sont bons orateurs) de quelque accord2.
[235]Lesmessagerss'envonttôtetvite,lepluspromptement possible, à Rome, grand train. Pourquoi allongerais-je le récit ? ils disent tant de paroles et font tant de présents3 qu'avec le riche pape ils ont fait accord
i. Il avait été évéque de Toulouse de 1202 à 1205, époque à laquelle il fut déposé par le Saint-Siège ; voy. Gallia Chrùtiana, XIII, 20-1, et la note qui suit.
2. Voici en quels termes P. de V.-G. parle de cette ambassade : c Quodaudiens cornes Tolosanus, imo dolosanus,... quosdam exet crabiles et malignos, archiepiscopum Àuxitanum et Raimundum • de Rabastenchs, qui quondam fuerat Tolosanus episcopus, sed i meritissuis exigentibus erat depositus, misitRomam. • (chap. ix, Bouquet, XIX, 14).
3. Remarquez que cette assertion est présentée sans aucune pensée de blâme ni de dénigrement.
[240] pour le comte de Toulouse, et je vous dirai comment : il lui livrera en gage, pour en faire sa volonté, sept châteaux1 des plus forts qu'il ait en sa terre. Le pape y envoya un clerc plein de valeur qui avait nom Milon, à qui Raimon devait obéir. [245] Ce Milon mourut à Saint-Gilles moins d'un an après1. Et quand le vicomte sut que bien véritablement le comte a fait sa paix, il se repentit beaucoup : il voudrait bien s'accorder aussi, s*3 pouvait, * Mais il ne voulut point
l'accepter, se voyant compté pour rien ; [250] et il a fait par sa terre. convoquer ses hommes, à pied et à cheval, ceux qui pouvaient porter les armes. Dans Garcassonne, là il attend l'ost [des croisés]. Ceux qui restèrent à Béziers en furent tous dolents. Je ne crois pas qu'il en ait échappé cinquante ni cent [255] qu'on n'ait passés au fil de l'épée.
1 . c Châteaux i au sens qu'avait dans le midi castrum, celui de ville ou village fortifié. Ces sept châteaux sont ceux d'Oppède, de Montferrand, de Baumes, de Mornas, de Roquemaure, de Fourques, de Fanjaus. Nous avons l'acte (juin 1209) par lequel le comte de Toulouse les engage au pape, par l'intermédiaire du légat Milon (Bouquet, XIX, 46; Migne, Innoc. III op., III, 89; cf. Vaissète, III, 161-2). C'est sans doute intentionnellement que notre auteur ne fait aucune allusion à la pénitence humiliante qui fut imposée au comte de Toulouse auprès du tombeau de Pierre de Castelnau, et que raconte P. de V.-C., chap. xu.
2. 8elon P. de V.-G. en. xxxix (Bouquet, XIX, 34 c), c'est à Montpellier que mourut le légat Milon, pendant l'hiver de 1209-10. Le P. Benoist a publié, Ris t. des Alb., I, 279, je ne sais d'après quel texte, les c dernières paroles du légat Milon, où il invoque la Vierge « sous le nom de Notre-Dame-des-Tables , sous lequel elle est « honorée à Montpellier. »