‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 94 sur 303 · Voy. p. 44, note · texte numérisé non relu

Voy. p. 44, note

A l'entrée de septembre, quand août fut passé, ils assiégèrent activement Moissac de toutes parts1. [2525] Le comte Baudouin y faisait grande dépense : il y mangea force oies, force chapons rôtis, ainsi que me le contèrent son bailli et le prévôt. Ils dressent les chattes et les engins [de siège] parmi l'armée. Il y avait grand marché de vin en cette ost, [2530] comme aussi d'autres vivres.

Au siège de Moissac il y a souvent grande bataille, les routiers qui sont dedans font à l'ost grand dommage : bien souvent ils en tuent, de ces vilains. Au comte Baudouin (que Dieu me soit en aide !) [2535] ils tuent un damoiseau, tellement que hauberc ni ventaille ne put le protéger contre la mort, [ni faire] que dans le ventre ils ne lui missent un carreau comme dans un sac de paille. Cependant le comte de Montfort donne ordre d'aller porter le bois que force charpentiers taillent ; [2540] et il les accompagne en armes, avec tous ses compagnons, de peur qu'on les attaque.

Le comte Simon de Montfort et les autres barons font

4. U est possible que le siège n'ait été poussé activement que dans les premiers jours de septembre, mais les croisés étaient devant la place dès le 14 août, voir p. 436, note 3;

dresser les pierrières, faire une chatte et bâtir un bosson [2545] qui nuit et jour bat le mur qui environne la ville. Ceux de Moissac sont marris et félons. Un jour ils s'armèrent tous sans bruit , à la dérobée, et se lancent sur l'ost au galop. Ils pensent brûler la chatte, et y apportent force tisons. [2550] c Aux armes ! » s'écrient Français et Bourguignons. Du campement s'élancent Poitevins et Gascons \ Flamands et Lorrains, Normands et Bretons ; vêtus de hauberts et de bonnes cottes d'armes, par-dessus des pourpoints et des cisclatons*. [2555] Et le comte de Montfort vint éperonnant par le gravier, portant des enseignes8 et un écu orné d'un lion. On lui tue son cheval au sortir d'un petit bois. Il eût été pris cette fois, sans Guillaume de Contre (que Dieu bénisse !), [2560] et messire Morel qui était son compagnon, un cavalier de belle mine, preux, courtois, hardi, bel et bon. A la rescousse arrivent éperonnant P. de Livron et Foucaut de Merli avec le comte Gui [de Montfort] . [2565] lis vinrent rangés en bataille d'un tel élan qu'ils délivrèrent le comte, que [les défenseurs de Moissac] le voulussent ou non. Le comte lut un peu blessé par derrière au talon4. Le neveu de

1. c Poitevins et Gascons i sont une sorte de formule qui arrive ici pour la rime, car il ne devait pas y avoir beaucoup ni des uns ni des autres dans l'ost des croisés.

2. C'est un vêtement de soie, mais on ignore l'origine, et par suite le sens précis de ce mot.

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