DÉBUTS AU CASINO DE LYON
J’arrivais à Lyon. D’immenses affiches annonçaient l’ouverture du Casino avec une artiste « des Variétés » de Paris. Je mourais de nervosité à l’idée de mes premiers essais de « chanteuse »; mais j'avais une telle confiance dans l'avenir.
Le soir arriva... Je vins en scène habillée superbement d’une robe brodée de perles fines, avec laquelle j'avais joué ma dernière comédie au théâtre des Variétés, et je commençais dans la coulisse à trembler, en entendant les applaudissements fantastiques que le public (composé en partie d'étudiants) accordait à une chanteuse qui dépassait toutes les limites de la vulgarité, et dans ses gestes, et dans sa voix, et dans tout ce qu’elle débitait, hurlant une espèce de musique de bastringue. Les étudiants chantaient avec elle, et faisaient un tapage infernal; chaque fois qu’elle sortait de scène, ils l’acclamaient, la réclamaient.
Elle, suante, haletante, son opulente poitrine inondée, ses bras tout rouges de chaleur, était comme un gros homard, les yeux hors de la tête, avec, sur le front, une frange de cheveux noirs crêpés comme du crin. Jamais je n’ai pu me rap-
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