‹ La chanson de ma vieChapitre 3 sur 80 · RARE ME · texte numérisé non relu

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dans des rues populaires, des escaliers humides, sales, des cours grises, étroites, sans aîr, des chambres où l’on n’avait pas chaud l'hiver, où Ê l’on mourait de chaleur l'été. La plupart du temps :

un balcon! On louait l’appartement

pour ce balcon qui servait de jardin, de square et “ même... de campagne, car les très modestes ressources de mes parents ne leur permettaient pas de fréquentes sorties hors Paris; et comme nous habitions toujours dans les quartiers excentriques, le bois de Boulogne me fut longtemps inconnu ! Fr Il fallait y aller et en revenir à pied, et avec une |

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fillette qui marchait à peine, la chose devenait une corvée plus qu’un plaisir.

Ma mère, issue d’une famille de bourgeois très aisés du Nord et mariée à dix-huit ans, avait dû se plier aux exigences d’une vie très modeste, sa dot ayant été perdue, au début de son mariage, dans de mauvaises affaires. Mon père, plus vieux qu’elle d’une année (il avait alors vingt-cinq ans) était fils de cultivateurs normands. |

Sans un sou, il avait épousé ma mère et l’avait obligée à travailler, dès les premières années de leur union; chez mon père les principes étaient catalogués : la femme devait travailler, fût-elle riche, à plus forte raison étant pauvre. Et ma mère travailla, travailla, de vingt à quarantecinq ans, comme une femme douée d’une énergie supérieure peut seule travailler. Élevée en province comme une « demoiselle », elle connut la misère la plus atroce, celle des jours sans pain, sans feu, sans toit, sans meubles, sans rien... qu'une fillette sur les bras.

Et, pendant de très longues années, je vis la lampe allumée tard la nuit : une femme cousait…. cousait... à sa lumière jaune; le mari rentrait tard, les poches vidées par le jeu. car avec les années, le ménage s'était disloqué, mon père gagnait sa vie, ma mère gagnait la sienne et la mienne, sans que plus jamais mon père l’aidât. C'était encore dans le catalogue des idées paternelles qu’une femme devait se suffire à elle-même.

« ET si tu étais veuve ? » disait-il souvent à ma mère.

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Mon enfance ne fut heureuse que pendant une très courte période passée en Normandie chez mes grands-parents. De six à huit ans, j'y connus les gâteries et je connus la joie des grands jardins, des grands prés verts, des champs, où je gambadais plus à l’aise que sur mes balcons noirs des faubourgs !

Mais on me ramena à Paris pour me mettre en pension, car à cette époque ma mère venait d'inventer la confection des formes de chapeaux de dames en « crin », et les commandes des grands magasins avaient été si nombreuses que ma mère avait installé un vaste atelier de modistes.

Pendant quatre belles années, on fut riche.

et ma mère en profita pour me faire instruire dans un bon pensionnat de Saint-Mandé, la pension Couard.

Puis les affaires devinrent très mauvaises, les écononries, hélas, s’épuisèrent et je fus retirée de pension. J’avais douze ans. Dès lors, je gagnai mon pain, car ma mère, ayant congédié son atelier, se mit à faire, chez elle, des ouvrages perlés, et je l’aidais. Nous nous levions à 7 heures du matin et nous travaillions jusqu’à 11 heures du soir pour gagner à nous deux cinq francs par jour. Grâce à Dieu, ma mèêre avait des doigts de fée et savait au bout de vingt-quatre heures tous les métiers sans en avoir appris aucun. Son adresse et sa vivacité tenaient du prodige...

Les travaux perlés nous aidèrent à ne pas mourir de faim pendant l'été, mais l'hiver arrivait et ramenait la détresse.

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