‹ La chanson de ma vieChapitre 43 sur 80 · COUPLET · texte numérisé non relu

COUPLET

Quand je m’en vais de par la rue

Dardant ma prunelle éperdue

Au travers de mon face-à-mains

Je vois des femmes et des hommes

Névrosés de Londres et de Rome

En extase sur mon chemin !

Mes longs bras en guirlande et mon corsage esthète Ont courbé à mes pieds jusqu’au mage éthopète Peladan ; un éphélisme délicieux,

Est dans mon corps mystérieux.

Harmonie, harmonie,

Pour le plaisir des yeux

Symboliste, Ô puriste, Femme au regard troublant, La pâleur de mes joues Vous prouve que je joue De la lyre, de la lyre,

Pan, Pan.

Cette chanson-là est peut-être la seule à laquelle Lorrain ne voulut rien changer ; pour d’autres couplets je faisais lentement mot par mot les changements moi-même, car son manque absolu de pudeur ne comprenait pas ma propre pudeur; alors quand il venait écouter le lancement de ses couplets et que, dès le premier soir, il entendait le public applaudir, il oubliait mes retouches faites, je le répète, avec une telle prudence qu’il croyait

les avoir faites lui-même, d'autant que je jui disais :

— Hein, Lorrain... Comme vous avez bien fait de changer tels et tels vers... » —«Oh mais, répondait invariablement Lorrain, j'avais vu tout de suite qu’il fallait le faire! » Ah! cher Lorrain, que c'était charmant ces façons de vous tricher... en toute élégante amitié et de sentir que votre orgueil en était heureux. Vous étiez un collaborateur très adorablement dangereux. Et quand on vous déplaisait, vous aviez la plume si vite trempée de vitriol ; vous rappelez-vous votre querelle avec Mlle Bob- Walter ? que dans un article vous aviez appelée Bob Walter closet ! Elle en pleurait, la pauvre... et si vous l’aviez su... l’auriez-vous fait ? Non. Depuis que mon évolution m’a transportée dans un monde nouveau, que de fois j'ai pensé à vous qui me disiez si souvent

« Les deux extrêmes se touchent, je vous verrais un jour en Saint Sébastien ou Sainte Thérèse que cela ne m'étonnerait pas !... et quand le peintre Granié eut fini mon portrait sur fond or, vous vous êtes écrié : « Un Van Eyck! Un Martyr! Une Sainte! une Yvette ! Néron vous ferait grâce | »

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