MA BONNE YVETTE
« Tu peux toujours dire ta peine et ta joie, moi je ne sais ni te parler ni écrire, je saurais seulement venir à ta recherche si je le pouvais. Comme je l’ai jait à Nice, à Paris et repartir confiante et consolée.
« J’ai espéré et retardé l'écrire, pour ramasser les choses nécessaires à dire pour notre espérance, et
.ce matin avant de l'écrire, j'ai regardé longtemps ce
merveilleux coin de la terre, pour me persuader qu’il faut l'aimer, l'aimer autant que le cœur peut aimer, et se soumettre aux choses, et s’abriter ici, et baiser la terre qui recueille et la vigne qui nourrit, et tout cela qui est et ne plus chercher en soi-même une raison de travail et lutte, que je n'ai plus la force d'apporter.
« Il m'aurait fallu un grand courage, chère, pour relourner au travail; mais il me faut aussi un courage, tout autre, bien plus calme et de chaque jour,
pour rester ferme, en solitude, sans plus me plaindre.
« Tu m'as rencontrée dans un moment de crise de l'âme, à Rome, ce printemps, dans cette petite chambre d'hôtel qui avait une fenêtre si belle voyant tout Rome, ta bonté, ta grandeur, la vision de l’art en toi, ton élan m'ont secouée et j'ai trouvé la force de me fuir, car j'ai été dans un état comme endormie et pleurnichante, par l’inaction, et j'ai espéré, par La parole et aide.
« J'ai espéré. en quoi, ma bonne Yvette? Pas autant en moi-même, pour moi-même, que dans la chose elle-même, ce rêve d’art, encore un, s'était complété dans mon espoir, en te parlant. et j'ai encore espéré le jour où je l'ai revue à Paris. mais après Badenweiler (as-tu reçu ma lettre de Bâle ?) el après mon arrivée ici, je n'ose plus espérer pour moi, la ressource d’un travail que la force physique ne me permet pas, ne me permettra peut-être jamais plus de soutenir. ;
« Personne ne s’en doute, mais toi et moi, nous savons quelle rude fatigue c’est de trimballer sa vie, sa pensée et ses coffres, entre l'Europe et l'Amérique.
« Il y a une si bonne parole dans ta lettre. Tu m'appelles « ta sœur », et telle que je suis, et telle je serai pour toi, cette douce parole me fait aimer encore plus ta vie, et ton travail, et ta lutte, et {tu me retrouveras dans ton cœur, à l'heure que ton Cœur aura besoin d'amour et repos.
« Oui, partager ton travail, chercher en lui notre joie et récompense. Remonter sur les planches et vers les rampes, je ne peux plus, ma bonne sœur. Maïs je peux t'aimer et l’altendre.
« Si je ne peux plus être vaillante et utile, aller
au-devañt de là vie de travail, j'apprends pourtant chaque jour à obéir et à adouücir la vié mystérieuse, impérative, qui se cache, la viè qui renferme lois et vérités, plus grandes et plus inconnues que nos espoirs:
« Enfin, je ne sais pas metlré craÿon à la main, sur cé papier, ce qué têle et cœur m'ont fait Com: prendre: |
« Mais je sais te dire, que tu me rétrouvéras toujours quand ton éœüur me cherchera.
€ Quand il n'y à plus lé travail pour une créature créée pour travailler, &l y a äutre chose, l'amour potir le travail des autres, intelligent amour qui aide et console. |
& Quañd ôn n'a plus de force pour accueillir sa douleur, on là chasse, et on retrouve alors la forcé d'accueillir là douleur des autrés, et on se sent capable de comprendre ét dé consoler.
« Yvelte, J'espère et veux devenir telle, j'espère mériter de dévenir telle et gagner les cœurs:
« Le tien, qui m'a tant aidé et console, je l'aime et respetlé, Comme on aime quelque chose qu’on appelle Beauté, Bonté, parcellé de Dieu.
€ Qué Dieu te garde, chère Yvette, pour le reste de ma vie, mon cœur l'est attaché...
« Je regarde de loin, la même lumière que tu regardes, qui t'environhe et l'accompagne.
« J’ai la fièvre : 37,6, 37,9 chaque jour. Ne parlons plus de cela.
« Que ma vie ést lourde à traîner! »
Et plus loin :
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« Je suis reconnaissante à la vie de Favoir rencontrée, et je l'aime dans ta vie et ton art. Je garde tes envois de livres qui sont quelque chose de toi, de mon espérance du beau mensonge qu'est l’art et qui seul fait vivre! Cœur et pensée à toi, tendrement merci à lon mari.