ÉLÉONORA
Mais voilà que la Duse arrive aussi à Bâle! Klle va se traînant au Lago maggiore chez une amie, où l'accompagne cette adorable et fidèle Miss Loehmann. Et de longs mois elle s’alite et s’immobilise. Je continue à entretenir « son espoir » et fais de mon mieux pour la soutenir et la détourner de l'abîime de la désolation.
En 1914, je la revis à Rome, tout à fait changée | Bonne mine et belle ! belle ! les cheveux superbement blancs encadrant son front magnifique, robée très amplement de drap blanc, elle avait l’air royal d’un pape ! Le long repos et les grands soins l’avaient transfigurée |! Qu'elle était belle | Elle nous reçut, mon mari et moi, dans sa petite chambre de l'hôtel de l’Eden, encore étendue sur son lit. Elle avait tendu de tarlatane blanche sa chambrette, par prudence « médicale »,et de son balcon elle dominait toute la splendide ville et la campagne romaine, un air divin la faisait alors respirer en toute aisance ; aucun souffle de sa poitrine ne s'entendait, je la crus guérie |!
Elle vint déjeuner avec nous, et ce fut elle qui nous apprit la mort de Calmette, directeur du Figaro ; alors elle offrit de reprendre les grands projets de travail, car la Duse ne disait jamais :