‹ La chanson de ma vieChapitre 63 sur 80 · MADAME YVETTE GUILBERT, YVETTE GUILBERT; VVETTE · texte numérisé non relu

MADAME YVETTE GUILBERT, YVETTE GUILBERT; VVETTE

Je suis divinement ému. Je sais que ma voit reslerait accrochée dans ma gorge si je lentais de vous parler ce soir. Je dois doric prendre, pour vous

dire tout ce que j'ai sur le cœur, des intonations qui ne me sont point habituelles et qui n appartiennent qu’ à Dussane.

Dussane me prête sa voix, Je lui prête des phrases, mais je ne lui avance pas de cœur, Elle en «a pour deux,

Yvette, vous m'avez généreusement donné d’incomparables minutes, Je ne vous les rendrai pas, car je ne paye jamais mes dettes sentimentales. Au fond la vie est faite de quelques minutes comme celleslà. Le reste... les années, c'est du remplissage, du tirage à la ligne... Quand je vous ai entendue à l'Empire, vous avez élé pour moi la révélation de quelque chose de très bien, de très épatant.

Songez donc!

Vos camarades dansent les chansons. Vous, vous les pensez, vous les vivez, vous les riez, vous les pleurez, mais vous ne les dansez pas,

Aujourd’hui, c’est le rythme qui porte les faibles paroles des chansons modernes, Or, les fortes paroles de vos chansons à vous portent leur rythme. Vous avez compris que l'interprète n’est pas seulement un singe savant qui parle, mais qu'il doit aussi susciter des talents. Si vous chantez tant d'œuvres charmantes, subtiles, spirituelles ou émouvantes, c’est bien un peu parce que vous les avez inspirées, vous qui composez un personnage original pour chacune de vos chansons.

Je vous ai vue, certain jour, sauter allègrement de l’épaisse carcasse d’une paysanne dans la peau fine et transparente d’une lorette. L’avouerai-je ?.…. je craignais que vous n’attrapiez un chaud et froid.

Enfin, vous osez interpréter Laforgue, ce drôle

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de triste. Sa lyre était un orgue de Barbartie. Il en tira mille plaintes extravagantes. Quoi de plus tendre, de plus canaille, de plus désespéré que ces vers clownesques qui se tiennent en équilibre sur la pointe de leur cœur et qui marchent sur le fil tendu d’une sensibilité paradoxale ? Eh bien, vous avez eu assez de génie pour les composer et pour transformer les cochons de payants en dilettantes…

Vous avez adopté là chanson, cette enfant perdue. Elle a parfois de mauvaises fréquentations. Tant de chanteurs la brutalisent, la piétinent, l’étranglent.. Vous avez respecté sa fragilité et vous avez tant de délicatesse que pour la caresser vous prenez des gants.

Mais à quoi bon vous chanter, vous qui chantez si joliment. J'ai peur de détonner…

Madame Yvette Guilbert,

Yvette Guilbert,

Yvette,

Notre-Dame de la Chanson.

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