AIT ENT
GÉRALD D’'HOUVILLE :
Mne Yvette Guilbert a chanté, au théâtre Albert-Ier, des chamsons du moyen âge, des chansons du xviie siècle et de l’Empire. ‘Elle est une grande, très grande artiste et qui ne l’a pas vue et entendue dans ce répertoire ignorera toujours tout ce qu'il peut y avoir de sens, d’âme et de vie dans une vieille chanson. |
Elle ne fait pas que la chanter : elle la revit, elle la sent, elle la joue, elle la mime, elle la refleurit : elle prend les vieilles syllabes et les vieux sons, usés, émouvants, qui ont beaucoup erré sur les lèvres humaines, sur des lèvres muettes depuis si longtemps et elle leur fait don d’une jeunesse nouvelle ; la vieille chanson se met à reverdir comme une forêt d'avril, où les oiseaux reviennent ; la vieille chanson familière, amoureuse ou tragique, recommence à s'épanouir comme la fraîche rose d’un vieux rosier noueux, épineux… La vieille chanson se. défripe, se déplie, s'envole avec des ailes neuves. Elle a chanté de pittoresques chansons du moyen âge : Pourquoi me bat mon mari, de Guillaume de Machaut ; La Dame mariée à un puant; Ditesmoi si je suis belle, d’Eustache Deschamps, avec une variété d'expressions, d’intonations, une intensité d’évocation, une puissance de suggestion absolument étonnantes ; elle a chanté des chansons populaires du xvirie siècle : celte délicieuse Voilà la rosée, qui perle en gouttes matinales et en friponnerie puérile ; ces admirables Cloches de Nantes,
où elle nous fait vivre tout un roman, où elle est à la fois le battement sonore des cloches, le prisonnier qui s’évade et nage dans la Loire, la fille du geôlier qui s’attendrit et s’épouvante…. Vraiment, il faut êtré uné incomparable magiciénné pour évoquer dinsi, avec quelques notes ét quelques Strophes, un pays, une époque, et des êtres de celle époque et de ce pays ét leurs sentiments et leurs lérreurs, ét lèürs peines et leurs joies. C'est là pett-être ce qu'ellé à lé mieux chañté; bien qu'ellèé nous ait ensuite fait frissonner jusqu'aux larmés ävéé La Mort de Jean Renaud el passionnément divertis avec La Délaissée, où ellé a imité un frère capucin avèc uñêé verve sans égale. Et ne l’oublions pds, Surtout dans la Grand'mêre de Béranger… Ah!
quellé grand'mèrè impayablé, tout éh farce ét éñ bleu de ciél avéc son fichù de dentelle et son bortnél à nœud de satin sous le menton!
Me Yuellé Guilbert aime particulièrement le moyen âgé et veut consacrer son talent à nous en apprendre les textes et les chants. Nous ne démandons pas inieux, car c’est une spléndide époque dé poésie riche èt drué ; mais Yvette nous ravit de toutes les façons sous le héfinin, la coiffe où là cornetle, ér droile Simarre où én paniers bouffants. Son âme el $a voix sont de tous les temps et én ressuscilent tous les prestigés ; et Sans nous préoccuper dés dâlés, laissons vénir à nous le charme et l'émotion, la malice, l'espril, la farce, la poésie, la ÿrdce él l'amour des éxquises chänsons de France!
GÉRARD D'HOUVILLE.
{'Éaulots, 06 janvier 1993)