DE LK PIÉTÉ. LXXVII
Plus Y06 serai que oncles né germains.... » ^ Vivien fist en son devant cliner^ Monlt doucement le prist à acoler :
Toz li gehist^ ni lessa que conter De ce qu'il pot savoir et remembrer.
Dans Maoul de Cambray^ Bemier commence par maudire rennemi qui Ta frappé à mort : puis il se recueille et se ravise :
« Diez notre père^ qui pardon fist Longis^
Par tel raison^ si com moi est avis^
La soie mort pardonna à Longîs, i
li doi-je bien pardoner autresis :
Je li pardoins : Diex ait de moi mercit ! »
A icet mot apella Savari.
De ses pichiés à lui confès se fit.
Car d*autre prestre n*avoit-il pas loisir.
III lùelles d'erbe maintenant li rompi.
Si le resut por corpus domini.
Ses II mains jointes anvers le ciel tendî.
Bâti sa cplpe et Dieu pria mercit;
li oel li tremble^ la color li noircit,
la cors s'estent et l'arme s'en issi.
Diex la résolve en son saint paradis (1) !
Je rappellerai ici la piété des héros du Schana^meh. Ainsi Rustem pendant une partie de la nuit qui s'écoula entre ses deux combats contre Sohrab, était resté prosterné faisant ses dévotions au Tout- Puissant. Rustem et Sohrab reconnaissent que leur force vient de Dieu. Sohrab proclame qu'il dispersera les Perses, avec l'aide de Dieu, Rappelons aussi lés paroles de Rustem citées à la page xix. On
(1) Page 327.
UaVIU INTRODUCnON.
trouvera bien çà et là dans le RarnuyanA qiNlq[aes sentiments fatalistes (1) et même un chapitre dicté par les esprits forts des bords du Gange ; mais ces dissertations sont en opposition directe avec le ton général de l'œuvre et évidemment ajoutées à une époque relativement récepte.
DB l'idée pu Dsorr.
L'un des caractères les plus saillants de noç épopées chevaleresques est la préoccupation du droit, préoccupation qui correspondait à un besoin impérieux de l'esprit public pendant la première période du moyen âge. Au même ordre d'idées se rsi^ttachent les inventions reproduites, par exemple, dans Reali di Franda et dans la légende allemande de saint Annon, et qui sont relatives, soit à l'origine des Franks, soit au droit de leurs princes à exercer l'empire. «Jamais, dit à ce sujet Ozanam, on ne produisit plus de titres faux, parce que jamais les peuples ne se montrèrent moins disposés à reconnaître les pouvoirs sans titres. Les imaginations étaient crédules, mais les consciences étaient exi-« géantes (2). d
(i) « Le destin est irrésistible. » Tome III, page 69. — « Llioiame ici-bas n'est pas libre dans ses actes ni mattre de lui-même. C'est le destin qui le traîne à son gré ça et là dans le cercle de la vie. » Tome III, page 268.
(2) Études germaniques, tome II, page 370.
DE î/mt^ PU owiT. utxnt
Dal^l lo pofifnQ 4^ i{a(Hi/ de Cambray^ la droit eit taiyows vm en «.vapl (1) ;
Diex toit aa droit! à tort me laîdangiez....
Car il ot tort^ siens ne fu pas li drois....
Mais Diex et drois aida Berneçon tant..,.
De même, dans le cycle des Lorrains, on trouve defi pbraaes comme celles-^ : Ii'honune déloyal ne peut durer. — Jusque-là il avait le droit. -«• Il faut toujours s'en tenir au droit, si l'on ne veut pas renoncer à Dieu (2). La même préoccupation se ren- Qo^ive dw9 h Ramayana et notamment dan^ le combat de Rama contre quatorze démons (3),
La victoire est attribuée à Dieu; mais Dieu donne la victoire à cehii qui a le droit. C'est ainsi que, dd^s la gwne pQutre Baligant, les Français proclament qu'ils doivent suivre Charlemagne, non*seulement parce qu'il est leur empereur, mais parce qu'il a le droit :
Caries a dreit^ ne li devons faillir.
Le combat s'engage, et l'emperçur aprèis avoir excité ises chevaliers à venger leurs parante tués 4 Roncevaux,' arrive à l'argument décisif :
Ja savez voys contre paiens ai dreit. i!
Mais il faut que les Français le reconnaissent :
Respondent Franc : Sire, vos dites veir.
(1) Pages 194, 233 et 121.
(2) Pages 145, 272 et 312 de la traduction de M. P. PAHs.
(3) Pages 146 et 208 du tome IV.
IMTRODUGnON.
Lorsque l'émir Baligant voit l'étendard, de
Mahomet renversé par Ogier, il doute de son droit, contre lequel semble déjà se prononcer le jugement de Dieu :
li amiralB alqneB 8*eD aperoeît.
Que il ad lort e Gariemagnes dreit.
Le combat ne peut pas finir sans que la question de droit soit décidée : *
Joaqne li oiib son tort i reoonniiÎBaet.
' Dans la même chanson, Roland s'écrie au milieu des combats :
Ghréiiens ont droit et Sarrasdiis ont tort.
Us ont tort d'être Sarrazins , c'est-à-dire renégats :
Caries a dreit envers la gent resnie.
Aussi sont-ils félons à Dieu, c'est-à-dire les félons, les traîtres, par excellence. .Cette théorie place les musulmans en dehors du droit des gens, comme on le trouve clairement expliqué dans la Bataille cCAleschamps (1) :
Respont Guillamnes : « Vos dites cmauté :
Puisque li home n'aime crestienté^ Et qu'il het Deu et despit charité^ N'a droit en vie, je '1 di par vérité.
Et qui l'ocist, si destruit un maufé...
(1) Vers 1173 à 1180, et 671 à 675. — Voir aussi la Chanson de Boland, pages 6, 185 et 186 de ce volume.
DE L'mÉE DU DROIT. LXXXI
Tuit estes chien par droiture apelez^ Car vos n*avez né 161 né léauté. »
Guillaume agissait en conséquence :
One n*ot nul jor vers païens de loisir^ Quand le tenoit^ ne*i fesoit pas languir, Mes a droit ore l'&me del cors partir; Il ne'l met mie en sa prison gésir.
La loyauté envers un ennemi de cette nature, envers un chien, n'était peut-être pas dans la théorie religieuse et politique de l'époque; mais les mœurs chevaleresques étaient plus fortes que la théorie. Presque toujours le Sarrazin est traité chrétiennement et chevaleresquement. Le trouvère d'Agolant et bien d'autres n'hésitent pas à leur attribuer les plus nobles qualités :
" Agolans sire^ nobile justisier.
Dans le roman de Raoul de Cambray^ le payen Gorsuble a une oriflamme comme le roi très-chrétien ; il dit à Bemier :
Je vos comment m*oriflambe à porter (!}.
Renouart, aux prises avec le payen Baudus, défend à ses compagnons d'assaillir son ennemi.
<f Baron françois^ gardés n*i ait meslée ; Que por celui cui j'ai m* ame voée !
' Se commenciez né orgueil ne posnée^ Par quoi sa char soit par vos entamée^
(1] Édition Leglay^ page 301.
LX3^n INTROPyOTiPN.
Ja en auroiz dolerense sop^lé^. 4^ Quant François Toent^ s'ont lor i«sq4 iiW» ; Tait quoi se tindrent en mi une valée.
La bataille ont toi çn pai3 ^aid^,
La première règle di; droit des gei^i 4a>^| ^^^ poèmes, était la théorie du respect dû aux mnbassadeurs.
On voit par la Chanson de Roland j par le roman de Garin^ par celui de Fierabras^ par la Chevalerie Ogkr, pai! le roman des Quatre Fiis Aymm, «tmuH tQut p«r hPrmde Pamp^ltme, que lesambao^es étaient chose fort daugereufCi d'ftutwt plug qw lee mefiiagera se faisaient un point d'homiew d'MrsB le plu9 insolents. Le droit est souvent violé ^.nuôs non impunément. Ainsi Charlemagne fonde son agression contre lUmle sur ce iÇ[ue ce (Hrinee a tué ^ses envoyés Basan et Basile. Il était reconnu, même par les payens qu'un tel acte est une vilenie, ^mo|n pe pai^ieuage fqrt curieux du poème m^m^ où ^t racpi)t^ VaiGsass^nat de B^iia^ et de 3i^sU^. ^ Sarrazins se précipitent sur up autre niessi^ffir pour lui faire un mauvais parti (1);
Mes Balugant sourviut che oy le remour.
Oaapd v\\ &m mvip U frans aoi^s^otir^ As Païens escria ; « Très voyç arie^r^ seigqo^, Ce est grand vilenie, par Dieu le roi de Sour! » A cist mot se trélrent arière tretous celour;.... Lour s'en vint à Marsile Balugant plein d'urour. Et dist : (( Foy que doi Dieu, ci a cétis labour. Quand pris e hpnour avés tome & desenour. »
(1) La Prise de Pampelune, édition de Mussafia. Vienne, 1864. Page 86. — Voir aussi page 12 de ce volume.
DE JL'jDÊP nu PROIT. W3PCIII
Un payan protège aussi le due Nayme . diins $oii ambassade auprès d'Agolaot (1).
C'est ainsi que, dans le Ramayc^na^ Von trouve un discours sur les droits et les devoirs des ambassadeurs, et que Lakshmana se croit obligé d'insulter le roi Sougriva aupi'ës duquel il est envoyé en ambassade, comme Gane brave Marsile dans la Chan^ son de Roland,
Les luttes étaient aussi assujéties à des règles : il fallait, comme cela se pratique encore aujourd'hui entre les montagnards albaAaU ou montépégrins, pjrévejiir son adversaire qu'il eût à se tenir sur ses l^^ardes. Lorsqu'Olivier, aveuglé par le sang qui coule sur ses yeux, ne reconnaît pas Roland et le frappe, celui-ci lui fait ob^ervqr qu'il ne l'a pas défié. Pour sauver l'horreur du rôle de Gane, le trouvère de la Chanson de Roland met à la bouclie du traître un défi public contre Roland et les douze pairs. Aussi dans son procès, Gç^e dit-i) qu'il ne doit pas être regardé comme tpaitra, attendu qu'il a défié publiquement les héros qu'il a fait périr. Dans la Chanson de Girard de Viane^ Olivier et Roland, qui vont se battre, échangent le dialogue suivant :
— « Sire RQlaud^ puÎ9<ittç il est aasi Ki envers vos ne puia trfive? merci> Ne dites mais ke yos i^e traï.
Gardeiz voz bien; désormais vous défi.
Devant le cop^ vos en ai bien ga^ni. ii
— Respont Roilan : « Je vos ai bien oï. »
(1) Édition Bekker, pages lxiv et lxv.