‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 36 sur 61 · PROPOSITIONS DU ROI MARSILE · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS DU ROI MARSILE

Notre empereur est allé sous u^ pin.

n a mandé ses barons au conseil,

Le duc Ogier, Farchevèqiie Turpin ,

Richard le vieux et son neveu Henry,

Le vaillant comte Asselin de Gascogne ,

Thibaut de Reims et Milon son cousin ;

Gérer y fut et son ami Gérin .

Le preux Roland y vint en même t^mps ,

Avec le noble et vaillant Olivier,

Des Franks de France (1) ils étaient plui^ de mille.

Ganes y vint , qui fit la trahison.

Lors commença ce conseil de malheur, aoi.

a Seigneurs barons , dit Charles l'emperQUc* a Le roi payen m'a transmis un message.

(1) C'est-à-dire de la France proprement dite. Le moi franc* servait aussi à désigner les hommes libres.

(( De son «¥«w U m^ci&a gnade ptii:

« Ours et lions, lévriers candiainés,

c( Sept ceute ehameaui: et mîlle^ autoun mués,

a Troif eauts ndulets ohargAs de Top arabe (1) ]

« Avec cela plus de cinquante chars.

a Mais il entend que je m'en aille en ^^ranee.

c( Il me suivm dai^ Ai( , m^ iiésidenoei ;

« Il recevra aotpa loi salutaiiK» ,

« Sera chrétien , 4f^ moi tiendi^ ses ivpm i

c( Mais JQ m sais s'il en a le dessein. )i

ËtlesFrançaisdisent : « Prenons bien garde ! » aoi.

Notre empereur a fini ses raisons.

Le preux Roland , cpri ppillt m l» «tpifrouve, Saute sur pi^ (â) ^t vient y eontredif^t Il dit au roi ; i( }(e myy^^ P^ MarsUe )

(( Depuis sept ans nous soinmes m Sspagne* « Je vous conquis et Noples et Coifombto,

<( J'ai pris Yalterne et la terre de Fine , c( Et Balaguet, et Tudèle et Sézile.

« Le roi Marsile! il n'a lait que trahir.

« Il nous manda quinze mille des siens ^ <( Chacun portant une brancha d'olive ;

(1) Le texte dit ici et plut haut quatre etrUi mutott.

(2) Saute sur pieds. Cette expression se trouve daas led chants serbes et dans presque tous nos poômes chevaleresques^ notamment dans Fierabras, page iiS; dans Raoul de Cambray, pages 27 et 64 ; dan* Gêrin k iakérainy page 272 de la traduotira.

a Ils VOUS disaient tous ces mêmes discours.

(( De vos Français vous prîtes les avis.

« On conseilla quelque accommodement.

« Vers le payen vous mandâtes deux comtes ;

a L'un fut Basan et le second Basile :

« Il leur coupa la tête auprès d'Haltile (i).

« Faites la guerre entreprise par vous ;

« Vers Saragosse amenez votre armée ,

c( Assiégez-la plutôt toute la vie ,

a Et vengez ceux qUe le félon occit. » aoi.

Notre empereur tient la tête baissée , Flatte sa barbe et tire sa moustache , A son neveu ne répond bien ni mal.

Tous les Français se taisent, hormis Gane.

11 saute en pieds ; il vient devant le roi , Et fièrement commence ses raisons, a N'écoutez-pas, a-t-il dit, les vauriens,

(1) L'histoire de Basan et de Basile est racontée dans le roman de la Prise de Pampelune, dont M. Adolphe Mussafia vient de publier une édition à Vienne en Autriche^ 1864.

Lour dist as siens païens : « CSes mesaces che voi « Prenies si li pendes dehors en mi l'erboi. » Lour li conrèrent sour plus de cent et vint trois Des Paiens et pristrent li dous à celle foi.

Et pues les meinèrent sens nul autre coroi

Dehors, si li pendrent

Ensi furent pendus sens nul délaiement

Li roessagiers Garlon. (Vers 2640 à 2650.)

K Ni moi ni d'autre , hors qu'il vous en profite.

(t Lorsque le roi payen vous fait mander

c< Qu'il deviendra votre homme à deux mains jointes,

« Par votre don tiendra toute l'Espagne,

<c Et recevra la foi que nous gardons,

« Celui qui dit de rejeter cette offre

« N'a nul souci quelle mort nous mourions.

« Conseil d'orgueil n'a droit d'être suivi.

m Laissons les fous et tenons-nous aux sages. » Aoi.

Nàyme le duc vient après Ganelon (!) ;

n n'y avait plus btave homme à la eour.

Il dit au roi : a Tous avez entendu

« Ce que le preux Ganes a répondu?

<( 11 a raison; qu'il soit donc écouté.

« Le roi Marsile est vaincu dans la guerre ;

« Vous avez pris toutes'ses forteresses,

c( Par vos pierriers avez brisé ses murs ,

« Vaincu sa troupe et brûlé ses cités.

<c Quand il vous prie avoir merci de lui ,

« Qu'en garantie il offire des otages :

ce Lui faire plus , ce serait un péché.

<( Faut mettre fin à cette longue guerre. »

Les Franks disaient : « Le duc a bien parlé ! » Aoi.

(1) Diminutif très-usité de Gane. L'on dit de même Karl-on^ Manili-on.

LA CHANSON DIB B0LAN1>i

ÏV

COMMENT ROLANB FAIT DÉSIGNER OANB POUR AUKR EN AMBASSADE AUPRÈS DE MARSILE.

« A Saragosse , auprès du roi Marsile ? »

Nayme répond : c< J'irai , si vous voulez ;

(( Donnez-m'en dottcle gant «t ^ bàtoR (i). )»

Le roi répond ; « Vous Mes lioiBflae «age{

<( Non 9 par ma harbe et par cette moustaehe^

« Si loin de moi vous tt'irez cette année.

(( Asseyez-vous^ «piaad nul oe vous ap^lle I *

« Qui donc> «eigneups^ ^^ourrons-nouft envf>yer . c( Au Sarrazin 4|ui garde Saragosse? » .Roland répond : « J'y puis aller kà64»eli . » . . Olivier dit : <c Non^ vous n'en ferez i?ien« . . ; tt Votre courage ^ trop fi^ «t larotti^e»

(i) Le gant et le bftton indiquent Tinvestiture d'une charge oa dXine ^niiMioli. TkUtàlÀ hUnà olTre ton ganl \ I>ieti odAiàiè ^ôJt faire hommage de lui-même. Dans Fierabras, page 10 :

Karies tient son gant destre, Olivier l'a baillé^ "te liiqùtfnà Vehrechut, si Ten a merchiié.

Il en est de même chez l'es Sarrazins. Voir Gaufrey, page 47.

c( Et je cMkidi!^ fiie vous vous dispiitkb.

a Si le ici veut^ j'y |^uis aller trè64)iea. » Le roi répond : « ToBs les deux, taiseE-vm»; « Ni vous ni lui n'y pc^rtefez les ^eds* « Par cette barbe^ ici qu'<m voit Mitnx^bir, a Les douze pairs y fieront mal venui». »

Tous les Framçais se taisent^ restait «oois.

Turpin de Rràois se lève de son rang. .

<( Laissez , dit-il^ vos Français reposer.

(( En ce pays vousifiXtes sept années;

« Ils ont eu tant de travaux et de mal !

(( Donnez &.moi 1q bàtcm et le gant :

(( Je m'en irai vers ce payen d'Ëis^agne.

c( Je voudrais voir un peu comme il est fait. »

Notre' empereur lui répond ^eft colère :

i( Âsseyez-voôs sur Votr« tapis Manè ; •

(( Ne parlez 'plus, sijè ne vous commande. » agi.

« t!beya&ër^ îrainks , ait le roi (JhàrlemaKne^ % iBieiisisiez done tm bâton de «ÉaleiM , a. Qui portera mon message à^ï^iïè. »

Roland lui dit : « C'est Gane^ mon paràtrè (i). » Et les Français : xt iîèrte , il te peat bien fcâilô^l

manquent à laltngtié nénelle^ *eobNne ^ fait l^màM|tferM. ^-Q^niiii.

tt Vous n'enverrez aucun qui soit plus sage. » Le comte Gane en eut beaucoup d'angoisses.

Il rejeta son grand manteau de martre ; Il reste alors en blouse de satin ; Ses yeux sont clairs et sdli visage fier, Son corps est noble et sa poitrine large ; n est si beau ! touâ impairs le regardent.

<c Roland, dit-il, fetiy'pourqttoi cette rage? (( Chacun sait bien qtie jesuis ton paràtre (1) ; a Tu m'as nommé pour* illler' chez Marsile?

a Si Dieu permet queidc'll je revienne, « Je t'en aurai si grand ressentiment a Qu'il durera pendant toute ta vie ! d Roland répond : <c C'est brgueil et folie !

m Je n'ai souci , chacun sait, des menaces.

(1) Voir Berte aux grands pies :

Ll premiers des enfans^ de ce ne doutez mie.

Que Pépins ot de Berte la blonde^ reschevie^ Orent-ils une fille sage et bien enseignie Femme Milon d'Ayglent^ moult ot grant seignorie, Et fu mère RoUant.

La mère de Roland^ qui avait épousé MUon en premières noees, (ùi ensuite mariée à Grane. Sur Milon^ voir Garin le Lohérain, page 161 de la traduction^ et Téditipa provençale de Fierabras, par Immanuel Bekker^ page 156 :.

Ainsi prist Challemaine vers sa suer à aler En un chastel où molt amoit à seiomer^ Assez près de Bretaigne : Vanes Tpy nomner, Un chastel que li dux (Milon) avoit là fet fermer.

Cette indication coïncide avec le passage d'Eginhard où Roland est désigné comme préfet de la Marche de Bretagne.

LA CHANSON DE ROLAND. il

a Pour un message, il fetut un homme sage; <( Si le roi vent 9 je le ferai pour vous. v>

Gane répond : « Pour moi tu n'iras pas : aoi. « Tu n'es mon homme et je ne suis ton sire (1)« « Si l'empereur, pour son service, ordonne, « J'irai trouver Marsile à Saragosse; a Hais j'y mettrai quelque retardement <c Pour dissiper cette grande colère. »

Lorsqu'il l'entend, Roland commence à rire. aoi.

OANS DÂFIB ROLAND ET LES AUTRES PAmS.

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