‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 39 sur 61 · COMMENT CHARLEMAGNE PASSE LES PTRENÉES , AVEC LE GROS DE SON ARMEE · texte numérisé non relu

COMMENT CHARLEMAGNE PASSE LES PTRENÉES , AVEC LE GROS DE SON ARMEE

Le preux Roland monte son destrier.

Avec lui vient Olivier son ami ; Gérin y vient, et le brave Gérer,

(1) Le texte dit :Se la geste en desment. Ce mot est le plus souvent employé dans le sens de famille; il signifie aussi faitsf acUonSy comme le latin gesta.

Béranger vient, et le preux Josde aufiiâ,

Ja^tor y vient, et le vieil Anséis,

Le fier Gérard de Rossillon y vient (1),

Y est venu le puissant duc Gaifer.

Turpin a dit : « ÏPar ma tète, j'irai ! »

— « Et moi de même, a dit le preux Gautier ;

« Je suis son homme et ne lui dois faillir. »

Se sont choisis vingt mille chevaliers, aoi.

Le preux Holand dit à Gautier de Luz :

« De nos Français de France prenez mille

« Pour occuper les hauteurs et les gorges ;

tt Que l'empereur n'y perde aucun des siens. » aoi.

Gautier répond ; a Pour vous je dois bien faire. »

Puis il a pris mille Français de France.

Gautier parcourt les hauteurs et les gorges.

Quoi qu'il apprenne, il n'en descendra pas.

Avant qu'ils soient distants de sept cents bnune6(^2), Almaris , roi du pays de Belfeme, Leur livrera le jour un dur combat.

(1) La présence de Gérard de Rofes'Uon à Bontievam^ et ft mort racontée' p*us bas, ne concordent pas avec les poèmes français et provençaux consacrés à ce célèbre chevalier.

(2} Voici le tcxLe de ce passage^ dont le sens est assez diffldie à préciser^ et que j'ai traduit très-librement :

N'en descendrai pur malvaises nuvelles. (,) Enceis qu'en seient VII. C. espées traites^ (.) Ileis Almaris del règne de Beiferne Une bataille lur liverat le jur pesme.

Hauts sont les pics, les vallons ténébreux, Les rochers gris, les défilés sinistres.

Dans la douleur les Franks passent ce jour.

On entendait leur bruit de quinze lieues ; Us approchaient de la Terre-major, Voient la Gascogne, une terre française.

Il leur souvient de fiefis et de domaines, De fiancée ou d'une noble épouse ; n n'en est pals qui de pitié ne pleure.

Hais l'empereur Charles est plein d'angoisse, Aux défilés il laisse son neveu.

Pitié l'en prend, ne peut ne pas pleurer, aoi.

Les douze pairs sont restés en Espagne, Vingt mille Franks* sont en leur compagnie.

Ils n'ont souci ni crainte de la mort.

Notre empereur retourne vers la France, Sous son manteau cache sa contenance.

Auprès de lui ctievàuche le duc Nayme.

n dit au roi : « Pourquoi cette tristesse ? >> Charles répond : « Le demander m'offense ; <( J'ai si grand deuil, ne puis ne pas gémir : « Par Ganelon France sera détruite.

« La nuit en songe un ange me fit voir (( Qu'entre mes mains Gahe brisait ma lance.

<( Il fit choisir pour l'aiTière Roland ; « Je l'ai laissé sur la terre étrangère, a Si je le perds, je n'aurai son pareil. » aoi.

Charles le Grand ne peut ne pas pleurer.

Cent mille Franks pour lui s'attendrissaient Et pour Roland ont merveilleuse peur.

Le félon Gane a fait marché de lui.

Du roi payen il en eut de grands dons.

D'or et d'argent, de robes, de soieries, Mulets, chevaux et chameaux et Uons.

Marsile mande et les barons d'Espagne^ Et les émirs, les comtes et les ducs, Les amiraux et les fils de ses comtes.

Quatre cent mille il rassemble en trois jours. Et ses tambours fait battre à.Saragosse; Met Mahomet sur la plus haute tour.

H n'est payen qui ne prie et l'adore (1) ; Les Sarrazins chevauchent à l'envi Par les vallons et les monts de Cerdagne.

De ceux de France ils voient les çonfalons.

L'arrière-garde où sont les douze pairs :

De l'attaquer ils ne manqueront pas.

(1) C'est-à-dire l'image de Mahomet. De même dans Agolant, au vers 643 :

Ghacus le voit aorer et prier.

Page 1