‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 44 sur 61 · FENDENT · texte numérisé non relu

FENDENT

Roland des siens a vu la grande perte, agi.

Il interpeUe olivier, son ami. ''' '

« Beau cher ami, par Dieu qui vous protège,

« Voyez gésir à terre tant dé bravéïs f

«Plaindre pouvons France douce, la belle,

« De tels barons qu'elle reste déserte ! '

« Roi, notre ami, que n'êtes vous ici?

a Frère OUvièr, comment pourrons-nous faire ?

« Comment à Charle envoyer des nouvelles ?

•(1) Voir la note de la page 41, et Aubery le Bourgoing, page io9.

Olivier dit : ce Je ne sais nul moyen.

(( Mieux vaut mourir que d'encourir la honte, d

AOI.

Roland lui dit : « Je sonnerai du cor :

a Charle entendra, qui passe aux défilés.

a Je garantis que les Franks reviendront. »

Olivier dit : « Ce serait grande honte ;

a Pour vos parents ce serait un afiDront

<x Qui durerait pendant toute leur vie.

K Quand j'en parlai, vous ne le ûtes pas.

a Ne m'est avis qu'à présent le fassiez :

« Vous ne pourrez corner avec vigueur,

« Car vous avez déjà les bras sanglants. »

Roland répond : « J'ai frappé de beaux coups! »

AOI.

11 dit encor : % Notre bataille est dure !

« Je cornerai : le roi Charle entendra ! »

OUvier dit : « Ce ne serait pas brave !

<i Quand je Tai dit, vous lavez dédaigné.

« Que Charle y fût, nous n'eussions rien sooffiut.

« Ceux qui sont loin ne sont pas à Uàmer. »

OUvier dit ena»r : c Par cette barbe,

« Si je revois Aude, ma noble sœur,

« Vous ne serez jamais entre ses bras {V . » agi.

> Wht G«r«nl ée FMar. A«de êUit iSanne à RoUad.

Roland répond : a Pourquoi cette colère? »

Olivier dit : « Ami, c'est votre faute.

« Car le courage est sens et non folie.

« Mesure vaut mieux que témérité.

« LesFranks sont morts, c'est par votre imprudence!

a Charles de nous n'aura plus de service.

« Vous m'eussiez cru, le roi fût retourné,

« Et nous eussions gagné cette bataille.

c( Le roi Marsile eût été pris ou mort,

« Nous a perdus votre témérité.

a Charles le Grand de nous n'aura plus d'aide,

Un homme tel, on n'en reverra plus (1) !

a Vous y mourrez : France en sera honnie.

<( Loyal secours aujourd'hui nous fait faute.

a Avant ce soir, cruelle départie ! » agi.

Turpin entend que les preux se querellent.

Il a piqué des éperons d'or pui*,

Vient auprès d'eux, se prend à les gronder :

« Sire Roland, et vous, sire Olivier,

c( Au nom de Dieu, ne vous quei^ellez pas !

« Sonner du cor ne peut plus nous servir.

a Et cependant cela vaut encor mieux.

(1) Le texte ajoute : Desqu*a Deu juise^ jusqu'au jugement dernier. — De même dans Gaufrey, vers 176.

a Que le Roi vienne ; il pourra nous venger.

oc II ne faut pas que les payens échappent.

a Nos Franks ici descendront d^ cheval,

<i Nous trouveront morts et taillés en pièces.

« Sur des sommiers nous prendrout dans des biif^s,

a Nous pleureront de deuil et de pitié,

a Nous enfo^i^ont auprès des monastères (1).

c( Loups, porcs ni chiens ne noi^ maqgerqnt pas. »

Roland répond '. <« Sire, c'est trèp^^ipi^ dit. )| AQJ.

Roland a mis le cor devant sa bouche.

L'ajuste bien et sonne à gronidc^ force.

Hauts sont les monts et le son va trèi^-loin : On Tentendit répondre à trente lieues.

Charle l'ei^tend, toute sa troupe au^si.

L'empereur dit : « Nos hommes ont bataille. 9 Et Ganelon lui répond au contraire :

ce D'autre que vous ça paraîtrait mensonge. y> aoi.

Avec doulQUT) avec si grand elfbrt.

Le preux Roland a sonné de son cpr Que le sang clair lui jailUt par la bpuche.

(1) Le texte dit : en aitres de musters.

Ce mot, dérivé du latin atrium, signifiait parvis. La place qiii est devant les églises servait de cimetière. Atre signifie aosti cimetière. (Note de F. Génin.)

De son cerveau les tempes sont rompues.

Le bruit qu'il fait de son cor est très-grand.

Charles, qui passe aux défilés, l'entend ;

Naymé l'entend : tous les Français écoutent.

« Tentends le cor de Roland, dit le Roi.

<K n ne coma jamais qu'en combattant, d

Gane répond : « Il n'y a pas bataille ;

« Vous êtes vieux^ vous êtes blanc fleuri ;

« Par tels discours vous semblez un enfant.

« Vous connaisse?! tout l'or^eU de Rolaj|(^.

<& C'est merveilleux que Piei} te ?9^^ 9^99T^ '

(c n assiégea ]^oplç3 i^s vou§ }e dire,

ce Les Sarrazins sortirent de la v|lle,

« Six de Jeurs phefe attaquèrent Bola^4>

ce II les ocoit et ^t laver le phamp

(c Pour que leur sang |ie parût pas sur l'bf^ (jf )•

a Pour un seu| Uèvpe il corne tout*un jour |

« Avec ses pairs il e9t à* plaisanter.

« Qui, sous le ci^, Jîoserait provoquer?

« Chevauchez 4<^qc, pourquoi voii^ arrêter?

<t Terre-ipajor est très-loin devant nous. » aoi.

(1) J'ai traduit librement ce passage qui paraît altéré. Void la leçon donnée par M. Génin : ...

Ja prist il Noples sanz le votre cornant; Fors s'en eissirent li Sarrazins de denz; Sis cuens i vinrent al bon vassal Rollant...

Puis od les ewes lavât les prez del sanc ; Pur cel ri fist ne fùst aparissant.

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