‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 55 sur 61 · COMMENT LES SARRAZINS SE PREPARENT AU COMBAT · texte numérisé non relu

COMMENT LES SARRAZINS SE PREPARENT AU COMBAT

Les Sarrazins, dans toute leur armée, Font résonner les tambours et les trompes.

Et pour s'armer descendent de cheval.

L'émir payen ne veut être en retard, Met sa cuirasse, aux pans ornés de franges, Lace son casque orné de pierreries.

Au côté gauche attache son épée, Dont, par orgueil, il a choisi le nom :

Tant de Joyeuse il entendait parler.

Qu'il appela la sienne c Précieuse, »

Et c'est son en sur le champ de bataille; Ses chevaliers n'y poussent d'autre cri.

A son cou pend un écu grand et large, La boucle est d'or et de cristal bordée.

Et la courroie en satin tortillé, n tient l'épieu qu'il a nommé Maltet; Le bois en est gros comme une massue.

Et du fer seul un mulet aurait charge.

Sur son cheval Baligant est monté, L'étrier tint Marculfe d'Outre-mer.

Grande il avait l'enfourchure, le brave, Minces les flancs et larges les côtés.

Forte poitrine et le corps bien moulé.

L'épaule large et la figure claire, Fier le visage et la tête bouclée ; n était blanc comme une fleur d'été.

Et d'un courage éprouvé maintes fois.

Dieu! quel baron, s'il eût été chrétien I 11 éperonne et le sang jaillit clair, Prend son élan et franchit un fossé ; Cinquante pieds on peut y mesurer.

Payens disaient : « Il défendra nos terres ; « Il n'est Français, s'il combat avec lui, « Bon gré, mal gré, qui n'y perde la vie!

a Charles est fou de n'être pas parti. » aoi.

L'émir payen a l'air d'un vrai baron :

Sa barbe est blanche, on dirait une fleur !

Il est savant dans la loi sarrazine ; Dans le combat , il est fier, orgueilleux.

Son fils Malprime est très-bon chevalier (1), Et grand et fort : il tient de ses ancêtres.

a Chevauchons, sire, a-t-il dit à son père, (c M'étonne bien si nous allons voir Charles. » Baligant dit : « Oui, car il est très-brave : a En mainte geste il est fort honoré ; a Mais son neveu Roland, il ne l'a plus :

a Force n'aura pour tenir contre nous. » aoi.

a Beau fils Malprime, a repris Baligant, c( Hier fut occis le bon guerrier Roland, ce Sire Olivier, le preux et le vaillant,

a Les douze pairs que Charles aimait tant, c( Puis avec eux vingt miUe combattants.

<c Les autres tous, je ne les prise un gant.

« Leur empereur revient assurément.

« Mon messager dit que Charles le Grand a A mis sa troupe en dix bataillons grands, a Un brave preux sonne au cor de Roland ;

(i) Ne pas confondre ce Malprime avec Malprimis de Brigal^ qui a été tué par Angelier. Voir page 66.

a Son ami va dans un clairon soufflant ; « Ils sont tous deux les premiers en avant, a Et sont les chefs de quinze mille Franks^ a Que Charlemagne appelle ses enfants, a Après ceux-ci il en vient bien autant, a Os frapperont très-orgueilleusement ! »

Malprime dit : a J'en demande le gant (1). d aoi.

— a Mon fils Malprime I a répondu Fémir^ a Ce que m'avez demandé , je l'octroie :

a Vous frapperez le premier les Français , a Vous mènerez Torleu, le roi de Perse, a Et Dapamort, roi de Litiiuanie.

a Si vous pouvez mater le grand orgueil, a Vous recevrez un pan de mon pays , a Depuis Cbérian Jusques au val Marquis. »

Le fils répond : a Je vous en remercie, d Il s'avança, le don il recueillit :

C'était jadis la terre au roi Fleury ; Mais depuis lors jamais il ne la vit.

Et n'en fut pas investi ni siM.

(1) Le texte dit : Le colp vos en denumi. Voir page 45. J'ai encore conservé la rime en ani.

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