‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 56 sur 61 · BALIGANT DIVISE SON ARMÉE EN TRENTE BATAILLONS · texte numérisé non relu

BALIGANT DIVISE SON ARMÉE EN TRENTE BATAILLONS

L'émir payen chevauche par son camp ;

Son fils le suit , dont le corps est très*grand,

Avec les rois Dalaport et Torleu.

Ils forment tût trente grand» bataillons (1)

(Chevaliert soitt en nombre merreiUeux) ;

Le plus petit en avait quinze mille.

Le premier est des gens de Butentrot [2)^

Et le second est des gens de M ycène y

Grosse est leur tète, et^ le long de Téchine,

Comme des pores , ils sont couverts de soies, aoi .

Etle troisi^ne est des gens de Nubie.

Le (quatrième est de FEsclavonie (3),

(i) P«o» la chaoBO» de Fierubras, les Chi^emi et les Saifuhis sont divisés de mâme en plusieurs cohortes^ pege 169.

(2) U» encore^ je ne oherche paaià donner rexplioation des noms de paya. Voir }a noie de la page 5i.

(3] hà texte dit E^clavoz et plus bas Esclauers. Les EsclavOns reviennent souvent dans les poëmes du moyen Age, notamment dans Agolant, vers 901 et 1033; dans la Chanson (fÀntioche, page

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Et le sixième est d'Ormuz et d'Eugier ; Le septième est de la gent Samnel , L'antre de Brousse, et l'autre d'Esclavons, Et le dixième est d'Occiant la déserte :

C'est une gent qui n'adore pas Dieu ; De plus félons on n'entend pas parler.

Ils ont le cuir aussi dur que du fer, lEX n'ont souci de casques, de hauberts.

A la bataiUe ils sont violents et traîtres. Aoi.

L'émir compose encor dix bataillons :

Le premier est des Jaiants (1) de Malperse; L'autre de Huns, le troisième de Hongres ; Le quatrième est de Balde la longue.

Et le cinquième est du val de Peneuse ; Le sixième est de Marise et Maruse, Et le septième est des leudes d' Astrime ; Deux autres sont d'ArgoUe et de Clarbonne ; Le dixième est des Barbus de Yalfonde :

C'est une gent qui jamais n'aima Dieu.

La geste franque y compte trente corps.

Grands et nombreux, où les trompettes sonnent. Comme des preux chevauchent les payens. aoi.

(1) Génin traduit : géants.

COMMENT LES DEUX ARMÉES AREIYENT EN .PRél^EKGE.

L'émir était homme riche et puisiant.

Il fait porter devant lui son dragon,

Les étendards Tervagant, Mahomet,

Et le portrait d'Apollon, le f^on»

Des Canelieux chevauchent alentour (1).

A haute voix, ils criaient ce sermon ;

<( Qui, par nos dieux, veut avoir garantie,

« Les prie et serve avec humilité 1 »

Et les payens abaiisaient leui^ ttientous ;

Ils inclinaient leurti Casques reluisants.

Les Franks disaient : « Bientôt mouirex, gloutoni !

<( Soit aujourd'hui voti*e confusion I

(L Vous, notre Dieu, protèges Charlemagne ;

a Que la hatcdUe en son nom soit ga^pée I n 40|.

L'émir était de très-grande sagesse.

Il appela son fils et les deux rois :

(1) Dans la note rappelée à la page 164, Génin dit qu'il s'agit non d'un peuple, mais d'ecclésiastiques portant des flambeaux.

<c Seigneurs barons, chevauchez en avant,

« Vous guiderez mes trente bataillons.

« Mais des meilleurs, j'en veux retenir trois :

a L'un est des Turcs, l'autre des gens d'Ormuz,

« Et le troisième est de ceux de Malperse.

<c Ceux d'Occiant marcheront avec moi

<c Pour attaquer Charles et les Français.

« Leur empereur, s'il combat avec moi,

(c 11 laissera loin du buste sa tète;

« 11 est certain qu'il n'aura d'autre sort (1). » AOi.

Nombreuses sont et belles les armées.

Tertre ni mont, ni val ne les séparent ; Bois ni forêt, aucun réduit entre elles.

Ils se voient bien en terre découverte.

Baligant dit : « Allez, ma gent payenne I <c Or, chevauchez pour chercher la baU4Ue I x> L'enseigne porte Amboire d'ûlufeme.

Payens maient, ils disaient : « Précieuse t n Et les f^rançais : « Aujourd'hui votre perte I » A haute voix ils répétaient : a Monjoye ! y»

Notre empereur &it sonner ses clairons ; Cor de Roland sur tous se fait entendre !

Payens disaient : a La gent de Ch€ki4e est belle! a BataiUe aurons difficile et cruelle ! » àou

(1) Âltre dreit^ c'est-à-dire autre jugement^ résultat^ issue.

Grande est la plaine et large la contrée.

On voit briller les casques d'or gemmés, Et ces écus, ces cuirasses frangées, Et ces épieux, ces enseignes flottantes.

Sonnent les cors, les voix en sont très-claires. Cor de Roland sur tous se fait entendre.

L'émir payen appelle à lui son frère :

C'est Canabeux, le roi de Florédée ; n est seigneur jusqu'au val Sévérée, n lui fait voir les bataillons de Charles :

« Voyez l'orgueil de France la louée !

a Très-fièrement chevauche l'empereur.

a II est derrière avec ces gens barbus; a Sur leur cuirasse ils ont sorti leur barbe, « Blanche à l'égal de la neige glacée, a Ils frapperont et de lance et d'épée :

« Bataille aurons difficile et cruelle :

« Homme ne vit un tel rassemblement. i> Un peu plus loin qu'on ne lance un b&ton.

L'émir se place en avant des payens. Puis il leur dit et montre ses raisons :

a Suivez, payens, car je suis sur la route. » n agitait le bois de son épieu, Vers l'empereur il en tournait la pointe. Aoi,

Charles le Magne aperçoit Baligant, Et le dragon, l'enseigne et l'étendard :

Les Sarrazins mènent si grandes forces Que la contrée en est toute couverte, Sauf les endroits que les Français ont pris.

Il crie aux siens de sa voix haute et forte : « Barons français, vous êtes bons guerriers I « Vous avez fsdt tant de grandes batailles !

a Tous ces payons sont félons et couards :

« Toute leur foi ne leur vaut un denier.

« S'ils sont nombreux, seigneurs, que nous importe?

<K Qui veut marcher, vienne vite avec moi. i>

Des éperons il pique son cheval,

Et Tencendor en a fait quatre sauts.

Français disaient : c< C'est un roi courageux !

« Chevauchez, brave, et nul ne vous faudra. i>

LA BATAILLE COBIMENCE, ET BALIGANT EXCTTE

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