‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 8 sur 61 · SUR LES TRADITIONS GERMANIQUES. XXV · texte numérisé non relu

SUR LES TRADITIONS GERMANIQUES. XXV

nous montre l'épopée germanique orientale circulant eil Gaule à l'époque mérovingienne, et accommodée au dialecte frank. Le poëme d'Otfried sur le Christ, populah^ parmi tous les Germains, était aussi écrit dans leiÉtème dialecte.

Les témoignages 'relatifs à l'époque carlovingiennesont'etièore plus ëoticluants. Ëginhard dit que Chariemstgné, <Jui était* insérait, non-seulement daJii!^' la langue dé' s!a patrie, mais dans les langues' éftlftlili^èrlés; lAitj bÙ' fit' mettre par écrit les antiqti(3S' cihants l)àifbares par lesquels étaient celébrées les 'Certes et lés actions des anciens rois. Louis léiBébënti8dr^,'àld£ Write, renonça aux chants qu'il dVdii appris j^âr^iroe^r dans' sa jeunesse, et ne voulut pilis lil' les 'lî^iiiileîs entendre, ni qu'on les fit aï)prëaatiél dette' "prdhibition elle-même prouve ^u&SàhuAéût'^e^le^* chants recueillis par

Charlem)à,^iïé^"Àë' "délâitéïiàieiit pas seulement les

cautilètiééTiétdliJuéSIsûî'les exploits guerriers des Franks, mais ailSsl'lé!^ traditions payennes qu'ils avaient àppôt^êès' eii 'G^Ulé. '

Par ôètté^ Wôiulaidé d'une dévotion inintelligente, le fils de Charléinagné n'était pas seulement infidèle à la tr^tioti 'dé sa race et de sa nation comme aux exeiïiples de son glôrieuïpère, mais il allait contre la coutume et l'esprit de TÉglise occidentale, qui a donné asile aux traditions guerrières si propres à entretenir la noble fierté des Germaiis. On ne peut conserver aucun doute à cet égard, et il en devait être ainsi. Pas plus dans le monde germanique que dans la Judée, le christianisme ne s'était annoncé

XXVI INTRODUCTION

comme venant détruire les anciennes traditions mais comme se faisant fort de les expliquer et de les accomplir. Le christianisme ne rejetait pas le dogme de la lutte du bien contre le mal ; il admettait ainsi ce qu'il y a de plus intime et de plus constant dans les anciennes religions. Lorsqu'elle crut n'avoir plus rien à craindre pour la foi, l'Église s'appliqua elle-même à sauver des débris désormais inoffensifs : elle fit, pour les œuvres germaniques, exactement ce qu elle faisait pour celles des Romains et des Grecs. Aussi^ presqtië' toutes les œuVi^es importantes du monde germanique ont-elles été conser\'ées, presque toutes les collections ontelles été compilées par des religieux, quel que fût le sens de ces ouvrages (1).

La légende, toujours si précieuse à consulter, vient confirmer ce fait. Saint Liudger^ contemporain de Charlemagne, fils (J'un chrétien de la Frise, voyageait de village en village. Un jour qu'il avait reçu l'hospitalité chez une noble dame,^ et pendant qu'il mangeait avec ses disciples, qn lui présenta un aveugle nommé Bemlef , que les gens du pays aimaient parce qu'il savait bien chanter les récits des anciens temps et les combats des rois. Le serviteur de Dieu le pria de se trouver le lendemain en un lieu qu'il lui marqua. Le lendemain, quand il aperçut Bernlef, il descendit de cheval, l'emmena à l'écart, entendit sa confession, et, faisant le signe

(1) Mickiewicz, les Slaves, tome I**", page 139. — Gobineau^ Essai sur ^inégalité des races humaines^ tome IV, page 85.

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