‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 9 sur 61 · SUR LES THÂD1TI0N8 GERMANIQUES. XXVII · texte numérisé non relu

SUR LES THÂD1TI0N8 GERMANIQUES. XXVII

de la croix sur ses yeux, lui demanda s'il voyait. L'aveugle vit d'abord la main du prêtre, puis les arbres et les toits du hameau voisin. ]|Iais Liudger exigea qu'il cacMt ce miracle. Plus tard, il le prit à sa suite pour baptiser les payens, et il lui enseigna les psaumes pour les chanter aussi au peuple. '

Des témoignages irrécusables établissent, d'ailleurs, que les anciens poèmes ojxt été élaborés dans des couvents, soit en latin, soit en français. Aussi les frouvèpesiy pour garantir leur véracité, se réfèrent-ils toujours à quelques récits, conservés dans on monastèjT^ conmie celui 4^ Girard de RossiHon :

Et pour ce au latin me vuil du tout aordre^ Quar en plusieurs mostiers lé Ilsefnt la gent d'ordre. Giiz qui ne m'en croira^ à Ponthière s-en-voise^ A Vezeiay aussi.

0;*, \a, tradition d'où e;st ^rti ce poème est çaseur tielleI^ent germanique (.1|.

Si, au tçmps dq Cl^rlemagne,\esFranks n'avaient pas oublié les chants) communs à tous les peuples germaniqi^es, s'ils ]es recueillaient et les conservaient avec vénération, sipus la direction de l'Église et de la royauté, ces chants auraient-ils pu rester étrangers à l'inspiration d'où e^t née l'épopée française, sous l'influencé des exploits de Charles Mfurtel et de son petii-fils^

(1) Édition Mignard^ pages 6^ 290 et 306.

XXVni INTRODUCTION.

SUR l'origine de l'Épopée française.

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, Ii'Qpfuipp ({iu^);UibaiBÛt.à i'épof^ée française une qn^gipe lurcVY^pçaJke, cA .quJ) alété ihiseten* avant par F^uripli ,q'm Ba3 ^4us$j| Jt JseilBÔPCi â4toqpier ; elle est en effet, contredite par lo^ténioigadge^ historiques (i). Les ppép^9^ &aaçaiPe^iiti|la.joèifë âoiphsse dans le iMi4i (P'f^ppactmn^nlttpas» plus* aux PnoTençaux çj^^a^Vlltui;*. «MT^^ 4^^ tor'Çt«u$03Ûane au iv* siècle de rH<^girg.^!app(Uftiwti/a.iMIttatui^>de }a, Bok- Hw?/ ffi?^ P9Ç«W 4>iqH.e$iso|itli^U'd'brigftie gerii^fLn|qij(Eî,,iï^'i|f^SW^ttt,pjé$\w^ Nor-

m^4i9pii«fff^irQiV/Bn/[»»« MaiSiildte^ de( rechercher soijs, .quçil^ Jffl^jw^ ,^e§ jFTftnto»4)tet^porté dans, les Gaulés le grand mythf(épiqimdeiLa fiàoèindoreiuop^;^, p'wV.MirAi Kpimafe'ftoUft ravbns. d^ formi44g|i|slçi?f^.ff>i§j, J5a,wïltl^b4udfeuiiiQdmë pour l!œuyrç,j(j^ia.x^n^piÀ(>»tHt(ji}m)i Jal.^^ fatale,

du Ijéçp? Jgfliinpu^itwwphpt du serpent, champion,*, flf3,t^f^Vï^fiy eft suoc0nihf6iEitf|ui-«èine après

Les sfi^Tiaifit^.fyyienMtfid^l» et j^rèstdux Mvtde Laveleye^dQJÇ^Wjnwlïodujptipn au:s;M«Ô6/wi«ytf/>(l), s'accordent à reççnn^tre l'origine irs^nque de la fable de Sigurd ou Sigfried. Les rois dont le héros descend

(1) Jonckbloet, Guillaume (fOrange, tome II, page 22. — Hauréau, Charlemagne et sa courj pages 113 et 118.

(2) Page xux.

ORIGINE DE l'épopée FRANÇAISE. XXIX

régnent dans le Franken-land, ils résident dans les Pays-Bas , dans le Nieder-land. Or, au commencement du V siècle, les Franks Saliens étaient éta* blis dans cette lie des Bataves et les Burgoiiides, entre Worms et Mayence. C'est l'époque où l'antique fable scandinavè<<^eTart sel chahtétso^ là'formë c[ui a ^té consente danslepo^mfeâe.tfil^^ii/Aué^ Sigurd est-il appelé le héros 'dti Nii^det^-fetldi tf'festà-dire dep Franks des JPays^Barf. " «î -^-^ ^titr i . .

La tradition épique ^e l'es fVa&k&f avttiëïilf apportée dani la Gaulé, est dbno ^Ùë'dëlleiir kiSros' national, Sigurd ou Si^firfed; IPert dé'toritb^^kvi^J dence que cette triDdition ^M *|wut ' rieiï ' cotiiebir des modifications qfaétieo^^ë'A^AtMàel Hïlfvaàîàn dés Hongrois olitaf^portées &f^«rtiqùb^thènlb»âë là Germanie.^ Là tfaéîition' Venui6^ \e^ <ïla%lé''aVè!é Tes Franks datèn^qes^iren^iônt&e^'éj^Mt^^ '^l'il^l^-' cédé leur amvéesWiïcrtre' Ko!.' '^<''' '»»•'- »' *" ''

Si les Franks sbnt arri>rdsl'danÀ'iè^Gfiltâéè aVeble souvenir deleurjSigtirdv^éir nos'àncëti'es ïi^oiii^às oublié sur noii^ 96)iieitte*fa^flitioÀ%Hfaâm^;'i^i îhéi^hiie et si chère jqnd eit le'pbfi^tttièig^e* déliés ''épà^^ées chevaleresques 4^1 ^ ' i^êrvStU^ le ca^actèrèf dÊl^hélx» indo-européen? Où est notre Rama, notref' AcMlle, notre Rustem,- notre* Sigtird? Pé«€)r'tme' telle question, c'est y répondre.' Ce héroSj c'dst'lé "préfet de la Marche de Bretagne, tu6à Roiiceva1ix;*c'est le Frank Hr6dlandus , c'est Roland. Du moment que l'on étudie le personnage de Roland à ce point de vue, on reconnaît qu'il' procède de la même inspiration que les autres néros de l'épopée indo-euro-

XXX INTRODUCTION

péenne. Il est le champion de la vérité et de la lumière ; il combat l'élément ténébreux, le mal absolu, repi*ésenté alors par le Sarrasin. Roland combat les Sarrazins, et il meurt lui-même sans avoir été vaincu; car il les a vus fuir, et il a gardé son épée. Nous voilà entrés ft pleines voiles dans la donnée de l'épopée indo-èûrôtiéenne.

Roland est titi bérds français; oui, M. Yitet Yà dit avec raison, il repfrésetite la France; mais c'est parce que la France du moyen âge représente eHe-même l'ép'opéiB indo-européenne. Roland en est Fincamation française. Il n'a rien des caracftères des héros historiques poétisés ; il lie ressemblé ft aucun de* beux qui ont Vécu, cttmtne Théodoric, Guillaume ail Court Kez, Charlemagne, Frédéric Barberousse, le Cid, Duguésclin, Don Sébastien de Portugal, Marco Rralîévitch, sur lesquels l'imagination populaire a eiiftiiité des légendes. C'est à peine, du reste, si Roland est mentionné dans l'histoire. Son contemporain Égitiharâ, parlant de là, défaite de l'arrière-garde de Charlemaghe à Ron^ cevaux, dit seulement qtie « dans ce combat, Roland, préfet de la Marche de Bitetagne, périt avefe beaucoup d'autrerf (1). » Roland n'est donc pas utt héros de rhis*oire> mais de la poésie. 11 n'appâis tient même pas ft la légende proprement dite. Là

(1) On tronvera les divers passages relatifs à la bataille de Roncevaux dans la préface et à la page 203 du glossaire de M. F. Michel. Paris, 1837. — Voir aussi HiHoire littéraire de la Frame, tome XXII, page 730, où l'oti émet l'idée que les premiers auteurs des poëmes sur Roncevaux ont chanté la défaite essuyée dans les Pyrénées, en 778, par l'armée de Dagohort II.

ORIGINE DB L^ÉPOPÉE FRAJ4ÇAISE. XXXI

légende de RoDceVaux, celle qui procède de l'histoire, c'est peut-être le chant basque recueilli par Latour d'Auvergne, où le nom de Roland n'est pas mâme prononcé (1).

En général, le héros indo-européen n'est pas Id roi; il appartient toigours à la descendance la plus Ultistre, mais il n'est pa,s le chef des chefe, Ainsi, oë û'est pas Rama, mais Daçaratha qui représente la splendeur de la royauté indienne). ^ en est d^ même dansl le Mgha-^Barata et dai^s le. Schanameh. A c6té du héros Rustem, il y a le roi de Perse^ Kaùs ; & côté d'Achille, Agamemiion ; ce. n'e^ p$s le roi des rdis^ mais le fils de Pelée, qo) peut tuer Hectoç et accoin-' pHr l'œuvre de la pr^se. de Troie. C'est Parceval, avec ses çon^pagnpns, et non pas le roi Arthur^ qui (MH^uerra le $aint-Graa(« A côté de.Godefroy ,de Battillon> le Tasse a, placé Renaud 4'E^ste. Dans la Chanson dé Roland, ^ côté de ce hé^03,. nous trouvous aussi le roi des «ois, .1 -emp^eur droit, c'est^à- ' dire légitime, celuj^ qui a le droit ,d6 commander ft touts, Charlemagne. , • ., ;

Non-seuLement Rqland est, d'une manière génénile^ le héroade la ti^aditioi^ indo-européjennef mais il à passé paœ la Scaadinavie : il dériye de la même saujFce que la .traditiqn des Niebelungèn: Les rap-. ]|$oorts dfi Roland avec Sigurd, et même avec Sig- £^îed, ont déjà été indiqués. Tous les deux soùt totinés à mourir, et ils meurent par leur impru-

{{) Gè chant se trouve à l'appendîcft de l'édition de la Chanson de Roland, par F. Micliel.

XXXII INTRODUCTION

dence ; ils sont jeunes ; leur mort est annoncée par des présages ; leurs armes sont merveilleuses ; ils occupent la même place dans le souvenir des peuples, et leurs tombes ont été fouillées par la curiosité passionnée des âges suivants.

On a beaucoup disserté sur l'origine du traître Gane ou Ganelon. Je ne crois pas, comme M. Génin, que ce soit un évèque dont le nom ait été ainsi arrangé. Je crois que Gane ne reproduit aucun personnage de l'histoire de France ; mais qu'il est le type du héros qui devient traître. Il représentait si bien ce type que l'imitateur hollandais d'une de nos' chansons de geste l'introduit avec le même caractère dans une action postérieure à la bataiUe de Roncevaux (1).

Mais ce type du héros traître ne se trouve-t-il pas avec les mêmes caractères dans le personnage de Hagen ? Tous les deux font périr le héros lumineux. Ils ne sont pas des traîtres vulgaires, mais des héros de premier ordre. En effet, il est impossible de trouver plus de grandeur que n'en offrent les scènes . dans lesquelles Hagen brave Krimhild et Gane le roi Marsile. Il faut bien remarquer aussi qu'à l'origine Gane, comme Hagen, était purement et simplement le champion de la cause ennemie, que les vainqueurs ont fini par transformer en traître proprement dit à l'effet de se rendre plus intéressants. Du reste, dans la

(1) Huon de Bordeaux, édilion de Guessard et Grandmaiaon^ pa^es XI et i7i.

ORIGINE DE l'épopée FRANÇAISE. XXXIII

seconde partie des Niebelungen^ Hagen est aussi le véritable héros ; il y remplit le rôle d'Ulysse. Quant aux noms de Hagen et de Gane , ils se ressemblent extérieurement plutôt que dans leur constitution intime , et il serait difficile de faire sortir l'un de l'autre, si la langue des Français était restée germanique, auquel cas l'aspiration qui commence le nom de Hagen et sur laquelle est l'accent, n'aurait pas disparu; mais la prononciation dès Celtes, qui a prévalu dans les Gaules, répugne à cette aspiration : elle a pu 1^ supprimer ou la transformer. En la supprimant^ il reste Gen ou Gane, dont Ganelon esft un dimiAutif de formation, tout à fait néolatine.

La translation du Burgonde Hagen dans l'épopée française est la manière la plus raisonnable d'expliquer l'origine et la persistance de la tradition qui fait de Gane un Mayençais et qui a édifié sur cette donnée toute la fausse geste (1). Mayence était le séjour des Bùrgondes, au moment de l'entrée des Franks dans la Gaule.

. Enfin Hagen apparaît avec son propre nom dans \à poëme français de Walter d^ Aquitaine, qui nous §st arrivé en latin, mais qui aurait pu aussi nous venir en français et dont l'origine est germanique. Hagen se trouve à la cour d'Attila avec im Aquitain nommé Walter, en qualité d'otage. Or, dans le poème des Niebelungen, Hagen raconte qu'il a été, pendant sa jeunesse, à la cour du roi des

(1) Voir à la page lx de ce volume.

XXXIV * INTRODUCTION

Huns. Hagen, il est vrai, est un Frank dans WalteTy mais ce poème est en latin, peut-être traduit d'une autre version postérieure à l'arrivée des Burgondes en France, auquel cas Frank voudrait dire Germain du nord. Or, 'si le véritable Hagen de la tradition germanique' est entré dans le poëmë de Walter , pourquoi ne serait-il pas venu dans celui de Roland (1)?

On ne trouve dans la Chanson de Roland aueunis trace des deux femmes dont la rivalité est le nœud de l'action dans la saga Scandinave et dans léA Ntebèlungen. On peut se l'expliquer. Rappelons d^aboro, car il £aut toujours partir de là, que la version que \k Franks ont pu apporter, n'est pas celle que l'éf èqub de PasÉ»u a rédigée au x* siècle, version djans laquelle Brunehilde est sacrifiée à l'épouse légitimé. Cette dernière version aurait pii être adof^tée p^ la France chrétienne; mais en est-il ainsi de Ik version dans laquelle la Vaïkyrie payenne réplii^ sente l'élément supérieur tandis que l'épouse 1^ gitime représente l'alliance du héros de la luinièrb avec un élémebt inférieur? L^influence cléricale, dont nous avons signalé l'intervention pmsi^îiië, n'a-t-elle pas dû, tout en conservant lafaBle nïêmé, s'appliquer & en laire dii^paraltre cette donnée Ai^ venue à ses yeux impure ? On croit que la rivalitSé de Frédegonde et de Brunehaut a contribué à raviver et â préciser les traits de Krimhilde et dfe

(1) M. Hertz^ dans sa préface à, la traduction allemande de la Chanson de Roland, indique déjà que Gane a plus d'un rapport avec le traître de la légende des Niebelungen,

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