‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 109 sur 173 · I INFLUENCE DE LA TRADITION · texte numérisé non relu

I INFLUENCE DE LA TRADITION

cription Er des termes latins correspondants. Et c’est la marque du latin que portent également des formes comme Lazaron et ressurexis. Plus précisément encore, on observe que la prière de Roland est décalquée sur celle que fournissent les rituels anciens pour les heures de l’agonie.

« Sauve l’âme de ton serviteur, Ô Seigneur, dit la prière traditionnelle, de tous les périls de l’enfer... »; « sauve-la, poursuit-elle, de même que tu as sauvé Énoch, et Élie, et Noé, et Abraham, et Job, etc. » ; et finalement : « Accourez, dit-elle, Ô vous, les saints de Dieu ; accourez, Ô vous, les anges du Seigneur ! Recueillez son âme et présentez-là aux regards du Très-Haut. » Telle est la ligne de la prière, commune à tous Îles rituels, rituel romain et rituels provinciaux. Ce qui varie de l’un à l’autre, c’est l’énumération des miracles par lesquels s’est manifestée, au cours de l’histoire sainte, la salutaire intervention du Seigneur. Mais tous ceux de ces miracles que rappellent Roland et Charlemagne dans leur invocation se retrouvent dans l’un ou l’autre des formulaires que nous avons conservés : miracle

de Lazare ressuscité, miracle de Daniel sauvé des

lions, miracle de Jonas sauvé du “ventre de la baleine, miracle du roi de Ninive sauvé de la destruction, miracle des trois enfants sauvés du feu.

Celui qui a conçu l’idée d’exploiter de la sorte les ressources du rituel chrétien était assurément un initié, Il n’est pas étonnant que, bon clerc, son savoir ait dépassé le cercle des connaissances bibliques et des textes purement liturgiques. Ses lectures débordaient ce double cycle.

Décrit-il, par exemple, le destrier que montait l'archevêque Turpin 1? On le voit alors reproduire exactement les caractéristiques qu’Isidore de Séville, dans ses Étymologies ?, donne du cheval parfait.

Son style prend-il un mouvement particulier ? C’est encore, parfois, à l’imitation de certains textes célèbres. Ainsi Charlemagne, en arrivant à Roncevaux, où sont tombés son neveu et ses barons, s’écrie à :

«.… U estes vos, bels niés ?

U est l’arcevesque ? e li quens Oliver ?

U est Gerins e sis cumpainz Gerers ?

U est Otes ? e li quens Berengers ?

Ive e Ivorie, que jo avoie tant chers ?

Qu'est devenuz li Guascuinz Engeler ?

Sansun li dux ? e Anseïs li bers ?

U est Gerard de Russillun li veilz ?

Li x11 per que jo aveie laiset ? »

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