‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 117 sur 173 · II. LA CONCEPTION DU SUJET · texte numérisé non relu

II. LA CONCEPTION DU SUJET

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le frapper de sa lance. Lui, la main à son épée, s'apprête à montrer, seul contre tous, ce que vaut un baron de France. Mais il ne faiblit pas rejetant son grand manteau de fourrure, magnifique de hautaine assurance, 1l redouble d’orgueil : il reprend son discours et répète sa sommation avec la même âpreté agressive. Aussitôt qu’il a remis à Marsille le bref authentique de Charlemagne, les Sarrasins s’aperçoivent que le message oral du vassal dépasse étrangement les termes mesurés de la lettre impériale. Ils sont en droit de faire retomber sur Ganelon l’insulte de ses propos ; le fils du roi Marsille le menace de mort; et de nouveau, l’étonnant messager, tirant l'épée, s'apprête, adossé à un pin, à recevoir un furieux assaut, quand le chef des païens se retire pour délibérer.

Qui fait pareille figure n’attire pas le mépris’; la haine qui conduit à cette sorte d’héroïsme ne manque pas de grandeur. Malheureusement, les Sarrasins ont fini par comprendre les véritables sentiments du fier baron. Blancandrin les en a avertis : Ganelon, en cours de route, lui a juré de les bien servir. Marsille, adroitement, se radoucit. Sur un ton d'amitié, le voici qui invite le messager.à parler de Charlemagne, ramenant sans cesse cette question insidieuse : « Quand donc

cessera-t-il de guerroyer ? » Et Ganelon de

répondre : « Jamais tant que vivra Roland ! »

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Alors, après l’avis, le conseil. A Marsille qui demande s’il peut espérer quelque chose contre Charlemagne il réplique résolument : « Non.

Mais feignez de traiter. Et quand Charles repassera les monts, attaquez son arrière-garde, où sera Roland. Roland ne vous échappera pas et vous aurez la paix. »

Maintenant, mais seulement maintenant, la trabison est consommée. Ganelon sur les reliques de son épée, Marsille sur les livres de la loi maudite jurent la perte de Roland. Et dans les mains du baron désormais félon tombent, qu’il le veuille ou non, les fruits de malédiction, les présents dorés dont les Sarrasins le comblent et l’accablent : l’épée de Valdabrun, le heaume de Climborin, les colliers de Bramimonde, — et de surcroît, la souillure des baisers d’amitié.

Ainsi se précipite la déchéance du traître. L'or et l’argent, qu’il reçoit sans les avoir désirés, impriment à sa félonie la marque de la suprême dégradation. Par conséquence de cette chute, la ruse la plus noire, nécessaire pour accomplir son parjure, lui paraîtra légère à supporter. Le voilà revenu auprès de Charlemagne et qui l’assure, en lui livrant les clés de Saragosse et vingt otages, : | que le Sarrasin est sincèrement prêt À la paix, qu'il se convertira, qu’il prêtera hommage et que, si l’Algalife en personne n’est pas livre, c est"| qu’il a péri sur mer en fuyant, lui et ses quatres!

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-cent mille hommes. Quand il désigne Roland pour

l’arrière-garde, avec quelle joie contenue, mais vibrante, il retourne contre lui ses paroles du premier conseil : « Ce sera Roland, mon fillâtre! » Et quand les appels du cor viennent frapper l'oreille de Charles, avec quelle insolence il tente d'empêcher le secours de l’armée !

L’infidèle, pourtant, sera finalement écrasé; et Ganelon sera châtié. Mais au moment où une grande victoire vient d’assurer le triomphe des armes chrétiennes, au moment où la mort et la paix ont étendu leur voile pesant sur les événements tumultueux du passé, vers quels souhaits peut bien se porter un cœur que le spectacle de tant de lourds malheurs a gonflé de pitié ? Laé à: un poteau où des serfs le cinglent de leurs verges, Ganelon, le haut seigneur, attend son jugement. T1 nie qu’il ait trahi : jamais, dit-il, 1l n’a manqué à Charles, son empereur ; mais Roland avait voulu sa ruine et sa mort : c’est de lui qu’il a tiré vengeance, après l’avoir défé, comme il se doit, lui et les douze pairs. Ceux qui l’entendent, Poitevins et Normands, Allemands et Thiois, ceux de France comme ceux d'Auvergne, sont bien près de lui accorder sa grâce. Il est puissant seigneur : qu’il répare sa faute par um æervice désormais loyal. Roland est mort hélas ! Mais qui le rendrait à la vie ? Que l’oubli tombe sur toutes choses ! Contre ce conseil, auquel tous

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