‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 118 sur 173 · II. LA CONCEPTION DU SUJET · texte numérisé non relu

II. LA CONCEPTION DU SUJET

oo 214 ÉTUDE LITTÉRAIRE ——————————— ————— s'accordent, il n’y a que deux voix pour protester : celle de l’empereur et celle de Thierri.

Le sort des armes est finalement fatal à Pinabel, c’est-à-dire à Ganelon. L'assemblée, éclairée sur son devoir, décide que les trente garants de Pinabel seront ignominieusement pendus et que Ganelon sera écartelé. Nul doute que l’impitoyable sentence n’ait obtenu l'approbation de ceux qui écoutaient le récit de la terrible histoire. Mais il leur avait fallu, pour en venir là, une longue préparation, un effort de l’âme contre elle-même pour s’arracher à la commisération et s’élever à l’acceptation des principes d’une justice supérieure. Ganelon, de son propre aveu, s’est conduit en mortel ennemi de Roland. Devinant en lui une rage haineuse, Charlemagne lui a dit : « Vous êtes le démon en personne! » Mais combien de temps ses barons ont-ils mis à le juger avec la même sévérité ? C’est la raison du maître de l'empire, c’est la volonté de Dieu exprimée par le sort des combats qui ont été nécessaires pour faire prévaloir contre tous ce jugement que trahir Roland, c’était trahir l’empereur, c’était trahir la France. Rivalités de barons, haines inexpiables, luttes sournoises ou violentes entre vassal et vassal, n’était-ce pas, quand écrivait le poète, spectacle de tous les jours ? Imaginer, . au delà des passions individuelles, l’abnégation que commande le service du roi ; placer plus haut

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