‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 119 sur 173 · IL LA CONCEPTION DU SUJET · texte numérisé non relu

IL LA CONCEPTION DU SUJET

que tout intérêt particulier l'intérêt de l’empire ; honnir la trahison, qui ruine en son principe l’effort collectif des nations : c’est l’idée vers laquelle le poème s’achemine d’une marche imperturbable. L’horreur de la félonie n’est pas tant un sentiment ordinaire sur lequel comptait le poète pour provoquer la réprobation qu’un idéal qu’il proposait au respect des hommes. C’est là le sens profond du rôle de Ganelon, le traître, moins fait pour soulever l’indignation du populaire que pour conduire par un sentiment mêlé de pitié et d’horreur à l’idée sacrée du service féodal, qui doit tout primer.

. Cette idée, c’est celle que représentent Olivier, Turpin et Roland, les meilleurs barons de Charles.

Olivier, — Olivier est le sage Olivier : le poète, qui répugne aux qualifications abstraites, lui a pourtant décerné cette épithète. Il s’agit d’envoyer un ambassadeur à Marsille, et Roland s’est proposé : Olivier, par amitié, mais aussi par sagesse, demande aussitôt la préférence. Il a de prudentes raisons : « Votre cœur, dit-il, à Roland, est Âpre et orgueilleux : vous en viendr-z. aux prises, j’en ai peur.» — À Roncevaux, quad i! découvre l’immense armée des païens, Olivier est le premier à comprendre la félonie de Ganelon ;

216 Mel SÉTUDELTITÉRAIRE EN #. Ï:

nt eu 2 TS a CE SES CUS {

tout se fait soudainement clair dans son esprit ; il pénètre aussitôt les calculs du traître : séparer Roland de Charlemagne. Et son conseil, son sage conseil, s'exprime net et pressant : que Roland rappelle Charlemagne! Qu'il sonne de son cor! Olivier a raison : s’il.est écouté, l’armée sera sauvée.

Pour être sage, Olivier n’en est pas moins vaillant. Nul péril ne l’émeut et 1l combat comme un lion. Il ne veut point que Roland se charge du message de Charlemagne à Marsille; mais, en même temps, il revendique pour lui-même cette mission périlleuse. — Il presse Roland de sonner de son olifant pour rappeler Charlemagne; mais, en même temps, il exhorte les Français à bien combattre, et quand commence la bataille, il est le premier À s’écrier : « Tenez ferme, seigneurs français! Je vous en prie, au nom de Dieu, soyez résolus à bien frapper : coup rendu pour coup reçu! » Et pourtant il présage bien, dès cet instant, que tous succomberont. — Les Français et les Sarrasins er sont venus aux mains : le premier coup de la première bataille, c’est Roland qui l’a donné, abattant Aelroth, neveu de Marsille. Mais le second païen qui se présente, Falsaron, frère de Marsille, c’est Olivier qui met fin à ses insultes en le transperçant de sa lance. — Son épieu, après bien des assauts, s’est brisé, Du tronçon qui lui reste au poing il trouve encore moyen

Page 1