II. LA CONCEPTION DU SUJET
que j'aille l’occire. » Et quelle dévotion à l’honneur, à l’empereur! Quand le premier assaut a tourné à la déroute de l’ennemi, ses paroles sont celles du soldat fidèle : « Béni soit notre baronage! » Blessé, percé de quatre épieux, il se redresse et s’écrie : « Je ne suis pas vaincu! Un vaillant, tant qu’il vit, ne se rend pas! » Plus tard, toujours combattant, il crie encore : « Honni soit qui bien ne frappe! » Et, sur le point de rendre l’âme, il prononce ces dernières paroles qui sont le regret d’un vassal : « À mon tour la mort m’angoisse : je ne verrai plus l’empereur puissant ! »
Turpin est l’animateur de la bataille, aussi bien qu’Olivier et que Roland. Il enlève les escadrons français au cri de « Montjoie! » Au début de la bataille, si Roland s’écrie : « Pour le roi, notre seigneur ! », Turpin reprend : « Pour le roi, notre seigneur! » Et quand Marsille arrive à la rescousse avec une nuée de païens, si Turpin stimule les courages par l'espérance des récompenses divines, il fait aussi appel, tout comme Roland, au sentiment de l’honneur : « Ne fuyez jamais, afin que nul vaillant ne chante jamais de vous mauvaise chanson! » É
Par ses paroles, il entretient au cœur des combattants l’enthousiasme religieux ; mais la foi
qu’il enseigne n’est pas un simple exercice de . l'âme : elle commande l’action. Il est du siècle.
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Lui-méme, qui prêche, il combat ; il assied son autorité sur des prouesses ; et pour qui prie sans servir il ne nourrit que du dédain. Ayant vu Roland tailler en pièces Faldron de Pui et vingtquatre de ses païens, il proclame : « Voilà qui est bien! Un chevalier doit se montrer ainsi qui porte de bonnes armes et monte un bon cheval. Autrement, il ne vaut pas quatre deniers. Mieux vaut qu’il se fasse moine dans un moutier et qu’il y prie chaque jour pour nos péchés.» Petite estime, en cette profession, pour la vie contemplative!
Certes, ce prélat est un croyant ; c’est pour la foi qu’il vit et qu’il meurt ; et Roland, en prononçant sur lui la prière suprême, dira : « Je te recommande au Glorieux du ciel. Jamais, depuis les apôtres, il n’y eut tel prophète pour maintenir la Loi et pour y attirer les hommes. » Mais l’éminence même de son sacerdoce donne à l’élan de sa religion un caractère si naturel qu’on ne s’y attarde pas : il est l’archevêque. Ce qui retient l'attention, c’est qu’il est vraiment l’archevêque de Reims, l’archevêque de la ville des rois, J’archevêque qui a reçu pour mission traditionnelle de sacrer les maîtres de la France et de les établir sur la terre comme les serviteurs de Dieu. Et lui, Turpin,-entré dans l’esprit de ce rôle, s’est fait le serviteur passionné de son roi, le roi sacré. Le poète exprime clairement cette idée à l’instant où
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