II. LA CONCEPTION DU SUJET
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il prononce son oraison funèbre. Il l’appelle « le guerrier de Charles ». Et il ajoute : « Par de grandes batailles et par de très beaux sermons, il fut, toute sa vie, contre les païens, son champion. »
Voilà le trait qui domine la conception du personnage. Les exploits de Turpin, c’est le symbole de la foi agissante, riche de ses œuvres, qui établit sur la terre la royauté de Dieu en y servant la royauté chrétienne. Mais pour servir Dieu, n’y a-t-il pas alors plus bel exemple ? Le laïc, le baron, dont la mission est de servir son roi, qui en fait la loi de sa vie, qui se dévoue à l'honneur de cette tâche, ne s’élève-t-il pas aussi bien, et peut-être mieux encore, vers Dieu ?
N'est-il pas le privilégié ? N’est-il pas l'élu ? N'est-il pas Roland ?
Roland. — Roland est preux. En générosité, en bravoure, qui rivaliserait avec lui ?
I1 a la libéralité d'Alexandre. Aux Français qui l’entourent il prodigue ses présents : armures, or, chevaux, vêtements de soie. Son âme loyale n’admet pas de sentiments troubles. Certes, il mortifiera Ganelon de son dédain, de son rire éclatant ; certes il ne lui ménagera pas les dards de son ironie ; et même, crûment, face à face, pour honnir la bassesse de ses intentions, il le
ES traitera de « truand de vile race ». Mais quand, à l’arrivée des Sarrasins qui attaquent, Olivier, reconnaissant l’œuvre du traître, accusera sa félonie, Roland l’arrêtera net ; il voudra encore douter : « Tais-toi, dira-t-il. Il est mon parûtre : je ne veux pas que tu en parles. »
D’actions hardies il n’est jamais las. Il a conquis pour son seigneur provinces et provinces, royaumes et royaumes. Après sept longues années de guerre, on délibère, à la cour de Charles, pour savoir si l’on accueillera les ouvertures de paix des Sarrasins : sans hésiter, il se prononce pour la continuation de la lutte. Point de trêve! L/ennemi est sans foi : il convient de l’écraser. — L'avis, malgré lui, a prévalu qu’on essaierait de traiter. Une ambassade sera envoyée à Marsille; elle est périlleuse : il en revendique l'honneur. — Il est désigné pour le commandement de l’arrièregarde : il ne pouvait songer à le solliciter, puisqu’il marchait habituellement en tête de l’armée. Mais les circonstances font présager d’obscurs dangèfs : avec quel joyeux entrain, dès lors, il accepte ! S'il raille Ganelon, qui l’a fait élire, c'est par nargue, non par dépit, simplement parce que le comte a paru chercher quelque tour qui lui déplût. Et si, l’instant d’après, il s’emporte de rude et franche colère, c’est parce que l’idée qu’on ait pensé le contrarier en l’envoyant au-péril l’a piqué au vif et que pareille offense méritait