‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 137 sur 173 · IIL LE TRAVAIL DE L'ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

IIL LE TRAVAIL DE L'ÉCRIVAIN

l’arrière-garde; ni Charlemagne, ni les Francs, qui tous soupçonnent la perfidie de Ganelon, ne sauraient empêcher Roland de partir. Alors naît cette impression de pathétique qui domine tout le drame et dont personne, sans doute, ne songera à accuser la vulgarité ou la banalité.

Le poète qui a réussi à établir son œuvre de manière à lui faire rendre un tel effet est certainement le dernier dont on puisse dire qu’il s’entendait mal à construire.

La description. — Sa faculté d’organisation se révèle également dans l’art d’exploiter les ressources de la description au profit de son dessein principal.

Son imagination est amie du pittoresque. La belle prestance de Ganelon, vêtu de son bliaut de soie et de son grand manteau de peaux de martres ; la noble stature de Roland, monté sur son destrier Veillantif, le visage pur et clair, sa lance dressée vers le ciel, avec son gonfanon blanc dont les franges battent jusqu’à son poing; ce Pinabel, au corps agile et puissant; ce petit Thierri, grêle, brun et ardent; ces Sarrasins au:rire sonore, qui montrent leurs dents blanches; ces hommes monstrueux accourus- de l'Orient, l’échine hérissée de soies comme des sangliers ou protégés d’une peau si dure qu’ils se passent d’armures;

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