‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 139 sur 173 · IT. LE RE DE SA · texte numérisé non relu

IT. LE RE DE SA

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héros; et l’on peut dire, en langage d’école, que l’action du roman est commandée par les caractères. La merveille a beau jouer son rôle : ce sont les hommes qui créent les situations; c’est leur attitude qui sert à l’établissement de l’idée finale. Des coups prodigieux, des centaines de guerriers exterminés par un même chevalier, des armées entières de Sarrasins vidant le champ devant Roland; l’intervention des puissances célestes; les songes prémonitoires ; le triomphe miraculeux du juste sur l’injuste : sans doute sont-ce là des fictions imaginées au mépris des possibilités terrestres et des données de l’expérience. Le triomphe de la cause chrétienne est assuré par un acte de la souveraineté divine qui se joue du probable et décide, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, de l'issue des événements. N’empêche que, si le drame existe, c’est par le jeu des passions et des volontés humaines. A l’origine de la trahison se trouve le dépit de Ganelon; à l’origine du martyre de Roncevaux, l’orgueil de Roland; à l’origine de la sentence vengeresse rendue à Aix, la bravoure, la fidélité de Thierri. Et ainsi de tous les épisodes.

L'intérêt profond du poème réside, en somme, dans une étude d’âmes. Expression pédantesque, assurément, quand il s’agit de peintures aussi fraîches : car l’auteur ignore les formules de l'analyse ; il ne décompose pas; il ne définit pas;

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et jamais il ne juge. S'il note une fois, en un vers célèbre, qu'Olivier est sage et que Roland. est preux, ce cas, où il caractérise en les opposant les attitudes des deux compagnons, est exceptionnel ; et encore cette rapide comparaison ne prend-elle sa signification véritable et complète qu’à condition de ne pas séparer le vers du contexte. L’ordinaire du poète est de raconter tout uniment, de montrer ses héros en action et de les : faire parler. Il semble savoir que tout l’art du romancier consiste, comme l’a noté quelqu’un, à ne point expliquer. — Mais, s’il ne pratique pas la dissection, s’il use habituellement, pour introduire les discours, d’un rudimentaire «un tel dit», l’absence de définition n'empêche pas les caractères d’exister, et combien fermes! Qu’on se garde des erreurs d’une lecture trop rapide : la moindre parole est ici d’une plénitude singulière. « Mon parâtre », a dit Roland; et ce mot suffit à déchaîner la fureur de Ganelon. Roland, à l’instant de mourir, tourne son visage du côté de l'Espagne, pour que Charlemagne comprenne bien qu’il est mort en vainqueur, « conquéramment » : quatre vers seulement, mais qui expriment l’idée capitale du poème. « Ce champ est à vous, Dieu merci, et à moi», dit Turpin à Roland quanà ils restent seuls, tous les deux, dans la plaine d’où les païens ont fui épouvantés. « Et à moi». « E mien», porte exactement le texte ;

deux mots, trois syllabes, pour rendre une grande conception : le double aspect du rôle de Turpin, triomphant par l’héroisme aussi bien que par la sainteté. Derrière un geste, derrière un propos, ce sont toutes les profondeurs de l’être moral qui se découvrent : convictions, élans de foi, passions viles où sublimes, toute la variété et toutes les nuances de la vie psychologique.

La ftecherche du pathétique et les moyens lyriques. — Quand des personnages ont été bien campés et qu’ils se présentent aussi vrais que dans la réalité, il est naturel qu’ils provoquent l'amour ou là haine, l’estime ou le mépris, que leurs actions et leurs réactions émeuvent la sensibilité, qu’on frémisse de leurs périls, qu’on vibre de leur effort, qu’on s’exalte à leur exemple. C’est là ce que désire l’auteur de la Chansot. Il né se contente pas d’étaler aux regards des images brillantes, de lier les motifs et les actes, de faire pénétrer les intentions de ses person: nages, de montrer l’astuce d’un Blancandrin, la rancune d’un Ganelon, la rude et délicate amitié de deux héros. Il vise, en peignant, beaucoup moins à intéresser la curiosité qu’à faire naître une èmotion. La lourde épreuve des guerriers de France qui peinent dans la bataille, il veut qu’on en réssente le poids; l’enthousiasme de Roland à

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