‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 140 sur 173 · III. LE TRAVAIL DE L'ÉCRIVAIN 265 #4} — S · texte numérisé non relu

III. LE TRAVAIL DE L'ÉCRIVAIN 265 #4} — S

l’approche du péril, l’angoisse de ses derniers instants, il veut qu’on en éprouve toute la tragique beauté: la douleur de Charlemagne devant son neveu mott, il veut qu’on la partage. De toutes ses forces il pèse sur les facultés d’admiration et de pitié. Le pathétique, voilà son objet.

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Pour y atteindre, il dispose des ressources tirées du fond même de son génie; mais il exploite aussi célles d’üne technique particulière, qui emprunte à la poésie lyrique l’un de ses procédés familiers : la répétition.

C’est déjà contre l’ordinaire du poème narratif, dont la règle est de se développer en une ligne plus ou moins sinueuse, mais toujours progressive, qu’il se plaît à une architecture étudiée, où lés masses balancent les masses, où les mêmes motifs reviennent en rappels savants. Ces correspondances ingénieuses, qu’on a eu bien tort de prendre parfois pour un simple jeu, tendeñit toujours à des effets précis. Ici le ‘conseil de Marsille réuni à Saragosse, là le conseil de Charlemägne téuni sous les murs de Cordres; ici les douze pairs de France, là les douze pairs d’Espagne; ici Roland, le neveu de Charlemagne, là Aelroth, le neveu de Marsille ; ici les’ dix corps de bataille de Charlemagne, là les trente corps de

Baligant : c’est une manière de marquer, par ressemblances ou contrastes, le caractère des puissances qui s'affrontent et le sens de la’ lutte qu’elles engagent. Ici la désignation de Ganelon pour l'ambassade, là la désignation de Roland . pour l’arrière-garde : c’est une manière de faire ressortir, en deux circonstances analogues, l’opposition de deux attitudes, Ici Roland refuse de sonner du cor quand son salut est encore possible, là Roland décide de sonner quand il ne peut plus espérer aucun secours : c’est une manière de rendre plus saisissant le défi héroïque du preux à la sagesse. Douze Sarrasins viennent attaquer Roland et se faire tuer dans l’ordre même où ils ont juré sa mort devant Marsille; deux autres Sarrasins, Climborin et Valdabron, qui ont été les premiers à combler Ganelon de présents après sa trahison, sont aussi ceux qui portent aux Français les premiers coups mortels, avant de périr à leur tour : c’est une manière d'exprimer tout à la fois l’horreur du crime dont le traître s’est rendu coupable et la présence d’une justice providentielle qui châtie la perfidie païenne. Ainsi, par le moyen d’une disposition symétrique, le poète agit d’une action subtile sur l’esprit de son auditoire et lui inculque les sentiments dont il veut le pénétrer.

Mais il est un autre procédé qui lui sert à même fin, et d’un caractère plus spécifiquement lyrique.

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