I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE
» roi de France, qui, limité, en tant que possesseur
eectif, à des domaines étroits, était loin de faire figure de monarque absolu; — un roi qui, pourtant, parmi d’autres suzerains, était le suzerain suprême, ne relevant de personne que de Dieu, au ñom duquel il était sacré, et qui jouissait d’un prestige moral suffisant pour assurer, à défaut de la supériorité incontestée des armes, l’éclat de son nom et de sa cour.
Il voyait, enfin, une autorité ecclésiastique dont les principes d’action, rénovés par des esprits ouverts et des volontés énergiques, étaient en train de s’imposer au monde féodal tout entier, d’en resserrer l'unité, de le discipliner et de l’amener au service de l’idée religieuse ; une
autorité qui cultivait dans les consciences le
respect de la hiérarchie féodale et qui s’appliquait à favoriser les desseins politiques des rois de France, occupés à maintenir leurs vassaux dans le devoir ; une autorité qui se dépensait abondamment pour poser devant .tous les regards l’idéal d’un empire chrétien, supérieur à tous les empires, et dont le service était la raison d’être fondamentale de la chevalerie.
Cet ensemble de faits ne doit pas être perdu de vue quand on étudie la légende de Roland et qu'on essaie d’en expliquer la formation : ils composent le milieu dans lequel elle est née ; ils en ont fourni la substance intellectuelle et morale,
Mais, dans cette sorte de nébuleuse qui en contenait les éléments en suspension, il a fallu, pour que la légende prît corps, des ciréonstances déterminantes. L'occasion où un ensemble de dispositions spirituelles reçut la forme concrète d’une fable a été fournie par une série d’événements historiques dont l’Espagne et les routes qui y conduisaient furent le théâtre. La légende de Roland n'aurait jamais été imaginée si, durant le x1° siècle, ne s'étaient multipliées au delà des Pyrénées des expéditions qui méritaient, avant la lettre, le nom de croisades.
Vers la fin du x° siècle, la menace des Sarrasins d’Espagne à l’endroit des peuples de l’Europe méridionale avait été particulièrement grave. Le célèbre A1 Mansour, ministre tout-puissant d’'Hescham Il, calife de Cordoue, avait chassé les chrétiens du Portugal, conquis Léon, Compostelle et Barcelone, occupé victorieusement les lignes de l’Ébre et du Duero. Mais la défaite qu’il essuya finalement à Calatanazor et l’anarchie qui décomposa, à partir de 1002, le califat de Cordoue, provoquèrent de la part des chrétiens une réaction d'autant plus vive que, désormais, stimulée par le péril, elle s’accompagnait aussi de l'espoir du succès. Pendant le xr° siècle, les rois de Castille,
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