‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 15 sur 173 · I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE

de Navarre et d'Aragon redoublèrent d’effort contre l'ennemi héréditaire ; et des. secours importants, constamment renouvelés, ne cessèrent de leur venir du Nord.

Ces rois, par des alliances matrimoniales, étaient unis à de nombreuses familles seigneuriales du sud de la France : Béarn, Bigorre, Gascogne et Provence. Mais des unions de même sorte les faisaient les alliés naturels des barons d’outre-Loire. Alphonse VI, roi de Castille, après avoir pensé à une fille de Guillaume le Conquérant, épousa Constance, qui appartenait à la maison ducale de Provence, et prit plus tard pour gendres deux comtes de la maison de Bourgogne. Sanche Ramirez, roi d'Aragon, épousa, quand il était encore infant, une fille d'Hilduin, comte de Roucy en Champagne, s’alliant ainsi à l’une des familles les plus puissantes de France. Aussi la fréquente intervention des seigneurs du Nord en Espagne n'est-elle pas surprenante. Dès l’année 1018, le Normand Roger II de Tosny, venait en Catalogne au secours d’Ermesinde, régente du comté après la mort de Ramon Borrell, que menaçaient les Sarrasins des Baléares. En 1064, une grande ,expédition était dirigée. contre Barbastro : le chef en était Gui-Geoffroi, comte de Bordeaux et de Poitiers, duc d’Aquitaine ; mais l’armée comptait aussi des Normands, commandés par Guillaume de Montreuil et Robert

Crespin. En 1073, le Champenois Éble de Roucy amenait des troupes à son beau-frère Sanche Ramirez, roi d'Aragon. En 1079, Hugues I”, duc de Bourgogne, apportait une aide nouvelle au même roi. En 1087, le mérite de la prise d’Estella, sur le rio Ega, revenait à une armée française, que commandait Eudes I°* Borel, duc de Bourgogne, accompagné de Champenois, de Francs-Comtois et de Normands. Ainsi s’établissait de France vers l'Espagne un mouvement dont ces expéditions ne sont que les signes les plus apparents. D’innombrables hommes de guerre, appelés par la bataille, descendaient incessamment vers le sud. Ils allaient, par troupes plus ou moins denses, conquérir sur le Sarrasin des domaines, du butin, du renom; et pendant 250 années, à partir des environs de l’an 1000, leurs escadrons armés chevauchèrent le long des routes d’Espagne.

Ce qui les attirait, c'était l’appât du gain, des richesses, des terres libres à conquérir sur l’ennemi et offertes aux plus vaillants pour s’y tailler des fiefs. L'Espagne était pour eux un pays de lucre et d’espérance. Mais ces honimes obéissaient aussi à d’autres appels que ceux de l'intérêt matériel : ils cédaient aux sollicitations de l'Église, qui poussait les chevaliers , chrétiens À Passaut des forteresses musulmanes. Leur guerre, guerre de conquête, prenait ainsi le caractère

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