‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 148 sur 173 · RETOUR AU TEXTE PRIMITIF · texte numérisé non relu

RETOUR AU TEXTE PRIMITIF

- introduit une abondante matière empruntée aux

… Italiens, à Pulci, à Boiardo, à l’Arioste et à leurs

continuateurs. De la vraie Chanson de Roland

point de trace : on la considérait comme perdue, Tressan n’en connaissait rien de plus que Paulmy.

t Et quand, en 1825, dans sa « ballade » du Cor,

Alfred de Vigny rendit à l’antique légende quelque chose de sa couleur, ce fut d’après la narration du pseudo-Turpin, dont il avait probablement trouvé l’écho dans la Gaule poétique de Marchangy.

A vrai dire, il était bien arrivé à certains curieux de rencontrer, en lisant, un texte du vieux roman. Galland, en 1736, imprimait, dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions, un Discours sur quelques anciens poètes, où l’on voit qu'il avait manié un exemplaire de la Chanson de Roland, d’un type d’ailleurs récent. De même, Thomas Tyrwhitt, dans ses Canterbury Tales of Chaucer, publiés de 1772 à 1778, signalait l’existence à la Bibliothèque d'Oxford du manuscrit Digby, aujourd’hui fameux. De même encore, en 1817, dans un mémoire présenté à la Société royale dés Antiquaires de France, Louis de Musset

donnait une analyse du manuscrit de Château-

roux, qui se trouvait alors à Versailles, et en annonçait la publication prochaine par son parent

- Guyot des Herbiers; et la même année, J:-P. - Conybeare, dans un numéro du Gentleman’s

dites tan ie ee

Magazine, annonçait également la publication pro- î

chaine d’extraits du manuscrit d'Oxford.

Mais de ces rencontres et de ces promesses il ne résulta rien. Ce ne fut qu’en 1832 qu’un jeune érudit, découvrant le texte du manuscrit de Paris, publia une dissertation sur le Roman de Roncevaux qui attira aussitôt l’attention : il se nommait Henri Monin. De l’année où parut son étude date la sorte de révolution qui se produisit en France dans la connaissance de la légende de Roland. A partir de ce moment, Roland cessa d’être le

Roland des Italiens pour redevenir le Roland de

la Chanson de Roland. Sa renommée ne fut plus publiée par l’Arioste : elle trouva mieux dans les laisses de la vieille geste française. En effet, aussitôt paru, le travail de Monin fut remarqué par la critique, désormais à l’affût de tout ce qui se produisait de nouveau dans l’ordre des recherches médiévales. Francisque Michel lui consacra un article! qui amena Saint-Marc-Girardin à entretenir le grand public, dans quatre articles du Journal des Débats, des problèmes auxquels se référait le mémoire de Monin. Bientôt après, le même Francisque Michel, qui connaissait l’existence du manuscrit d'Oxford et le soupçonnait de

£. Dans le Cabinet de Lecture. Article qui fut ensuite tiré à part, avec additions et corrections, sous le titre : Evamen critique de la Dissertation de M Henri Monin sur le Roman de Roncevaux, Paris, 1832.

contenir une version plus ancienne quele manuscrit de Paris, en prit copie à la Bodléienne et en prépara une édition qui parut en 1837. Cette publication ne produisit pas grande sensation et n'eut point le caractère d’une révélation : elle resta affaire d’érudits, probablement parce que trop de gens, même parmi les plus cultivés, ne possédaient de l’ancien français qu’une connaissance insuffisante pour leur permettre de comprendre pleinement le texte original. Mais l’effet qu’on aurait pu attendre en 1837 se produisit treize années plus tard, quand Génin donna de la Chanson une nouvelle édition, accompagnée cette fois d’une traduction (1850), et que Vitet, à son tour, publia dans la Revue des Deux- Mondes une autre traduction du poème, abrégée mais élégante, et qui plut (1852). Les polémiques que souleva l’édition de Génin, la diffusion qu’une revue très répandue assura à l'essai de Vitet firent faire à la Chanson de Roland un progrès décisif dans la faveur du public. Depuis ce temps, les éditions et les traductions du poème se sont succédées et se sont multipliées, diverses, bonnes ou mauvaises, attestant en tout cas la persistance de sa popularité et de son prestige.

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