‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 150 sur 173 · Tbidem, p · texte numérisé non relu

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sous la dictée du peuple. » Aïnsi, poésie impersonnelle, poésie populaire, poésie spontanée, poésie naïve, poésie ignorante de tout effort de réflexion et de toute recherche d’art : voilà de quelles notions procéderont désormais tous les jugements qu’on portera sur Île Roland.

Une troisième idée entrait encore dans la composition de la mystique régnante et apportait en plein xIx° siècle quelque chose d’une façon de penser qui avait commencé au siècle précédent :. c'était une certaine conception de l’ensemble du moyen âge, considéré, même par les mieux disposés à son égard, comme une époque de début, où tout, culture, art, intelligence, en était encore à ses premiers et maladroits essais. Il semblait que la poésie de ce temps-là ne pouvait que présenter la rudesse archaïque et la gaucherie trébuchante du génie primitif. Le terme de « gaulois », dont on se servait au xXVII° siècle pour caractériser ce « vieux temps » que le x1Ix° siècle a appelé le moyen âge, impliquait une idée d’inculture et d’ignorance. Quand cette idée se corrigea chez ceux qui commençaient à reprendre intérêt aux choses de la France d’autrefais, ce fut pour le céder, petit à petit et finalement, 4 l’idée de simplicité : une simplicité agréable par certains côtés, mais qui supposait, de la part de ceux qui la goûtaient, une complaisante indulgence. L’époque romantique la recueillit sous cette dernière

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formé, se plaisant à célébrer un moyen Âge encore mal dégagé de l’enfance, tâtonnant, hésitant dans sa démarche, aimable par sa candeur. Parlant de la Chanson de Roland, Paul de Saint-Victor écrivait : « C’est l’enfance de l’art, mais une enfance herculéenne et qui d’un bond atteint au süblime... » Boucherie, en 1880, applaudissait à « cette naïveté absolue qui est le privilège adorable de la première enfance ». A la fin du siècle, un

autre admirateur du vieux poème, qui avait pris

la peine de le traduire, tempérait par ces paroles l'enthousiasme de ses éloges : « Il est bien entendu que nous parlons d’une chose rude et naïve, et que l’art, tout instinctif, n’y a point la composition savante, le fini, les nuances des âges classiques. Il ÿ a même quelque chose d’enfantin dans

ce poème vénérable, » Et il disait encore, usant

dü poncif : « Si je me figure les personnages de notre épopée sculptés au portail d’une cathédrale, ils pourraient être l’œuvre d’ün grand artiste du XïH° siècle. La sculpture n’est pas encore souple et habile; mais quel sérieux dans sa gauchetie, quélle âme dans sa rudesse ! »

Enfin, comme si quelque chose avait manqué pour fausser d'avance les idées, on introduisit, dans l'appréciation de la Chanson de Roland, le souci d’une comparaison avec les épopées de l’antiquité. Cette idée venait tout naturellement à la pensée puisque, depuis Uhland, s'était établie

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F. a LES INTERPRÉTATIONS MODERNES 309

l'habitude de mettre l’histoire des pe RE de

geste françaises en parallèle avec celle des poèmes homériques. Exploitée littérairement, elle n’a pas cessé de hanter les esprits pendant des années, et de les égarer. Peut-être est-ce le zèle de Génin qui donna le plus d’intensité à sa force nocive.

Enthousiaste des beautés de la Chanson de Roland, son admiration prit un tour agressif : comme si son poème avait dû y trouver bénéfce, il lui fallut rabaïsser l’Iliade et l’Énéide. Ses comparaisons inopportunes ou provocantes déplurent aux lecteurs amis des nuances. Sainte-Beuve, louant son savoir et son esprit, comptait malicieusement la passion au nombre de ses vertus. Chez beaucoup d’autres, l’attitude de Génin produisit une réaction presque indignée; et Paul Albert, par exemple, en 1868, repensant à cet excès de ferveur, se demandait avec une pitié mélangée de réprobation comment l’on avait pu placer audessus de l’Énéide ou égaler à l’Iliade cette humble chanson, « ce petit poème de 4002 vers 1 ».. C’est de même que plus tard, en 1879, les mêmes comparaisons, reprises par L£on Gautier, animèrent la verve hostile de Brunetière ?. Et il est trop visible qu’en posant de cette façon Ia question des mérites de la Chanson de Roland, ni

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