‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 152 sur 173 · Revue des Deux-Mondes, 15 janvier · texte numérisé non relu

Revue des Deux-Mondes, 15 janvier

de Er L mm “4 LES INTERPRÉTATIONS MODERNES 311

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l’esprit le plus indépendant, des idées traditionnelles.

Au sujet des origines du poème, M. Lanson reprenait avec force et dans son intégrité la théorie de Pio Rajna, selon laquelle la Chanson de Roland était le remaniement d’un poème ancien qui avait déjà passé par les mains d’on ne sait combien de remanieurs. Partant de là, il était bien difficile que son jugement littéraire de l’œuvre ne fût pas d'emblée orienté dans un certain sens.

Quant au fond, M. Lanson reconnaissait dans le poème la vigueur de conception que manifeste la représentation des personnages, ces personnages qui ne sont pas analysés mais qui sont, et dont les caractères, comme on le voit, par exemple, dans le cas de Ganelon ou de Roland, ont le mouvement de la vie, se dessinent petit à petit, se développent, évoluent et deviennent progressivement ce qu’ils sont. Or, ces mérites, s’ils sont réels, auraient dû conduire à la constatation que les modèles possédaient par eux-mêmes quelque richesse et qu’ils étaient autre chose que des types d’épaisse et brutale humanité. Mais comme on avait affaire, selon une certaine opinion, à une époque de l’histoire encore rude et grossière, les personnages dont M. Lanson louait les ÿortraits tracés par le poète, lui ont apparu néanmoins comme des créatures à demi sauvages : « les hommes, écrivait-il, sont barbares, violents, bru-

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taux, de pauvres et étroits cerveaux peu garnis d'idées. Où est la souplesse merveilleuse, la richesse épanouie de l’âme grecque, même aux rudes temps des guerres homériques ? »

Quant à la forme, M. Lanson, ne consultant que son propre sens, avait bien ressenti certains des effets qu’elle produisait et il donnait, par exemple, de l’un des principaux procédés du poète, celui des laisses répétées, la définition la plus péné- trante et la plus juste : « Ce n’est pas, écrivait-il, le déroulement magnifique et égal de l’alexandrin homérique : distribuée À travers ces couplets qui la laissent tomber et la reprennent, rétrogradant et redoublant sans cesse pour se continuer et se compléter, la narration s’avance inégalement et, de laisse en laisse, d'arrêt en arrêt, monte comme par étages; et cette discontinuité même devait, semble-t-il, communiquer une intensité dramatique à la déclamation du jongleur. » Mais, comme il ne s’était pas complètement affranchi de l'idée d’un parallèle avec les épopées antiques, comme 1il était traditionnel de trouver aux productions du moyen Âge la saveur acerbe du fruit vert, le même critique qui analysait si finement l’impression produite par l'emploi des laisses répétées, n’a pourtant pas hésité à écrire que : l’auteur de la Chanson de Roland « n'était pas un artiste », que c'était « un inartificieux trouvère », ” et que la caractéristique de son œuvre était « l’in-

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