Ibidem, p
LES INTERPRÉTATIONS MODERNES 319 A x L ce”
pagnée un appareil puissant et délicat de preuves et contre laquelle n’a été formulée, à notre su, aucune objection qui mérite d’être retenue.
Lättérairement, ces vues historiques ont été de grande conséquence, La Chanson de Roland, cette prétendue rhapsodie, apparaissait de nouveau comme la fabrication d’un individu qui l’avait pensée et construite. Toutes les critiques dont elle avait été l’objet, M. Bédier en a démontré la vanité. Faisant appel aux arguments de goût, à ce sens des convenances littéraires qui est le meilleur des guides, il a rendu certain que ia Chanson possédait tous les caractères d’une œuvre parfai-, tement calculée, profondément une, exécutée par un grand poète, qui avait le sens de l’art et qui l’a bien prouvé. Quiconque voudra savoir comment doit se lire et se comprendre la plus ancienne de nos chansons de geste ne trouvera nulle part d'avertissement plus sûr que dans les quarante pages où M. Bédier a analysé, en l’interprétant, le drame de Roncevaux 1. L'œuvre d’un auteur, voilà ce qu’est la Chanson de Roland : l’œuvre d’un auteur qui ne s’est pas contenté de « chanter », mais à qui il a fallu « se mettre à sa table de travail, chercher des combinaisons, des effets, des rimes, calculer, combiner, raturer, peiner—Ainsi font les poètes d’aujourd’hui; ainsi ont fait les poètes de tous les temps. Ils se vantent 1. Tbidem, p. 410-453.
quand ils disent qu’ils chantent comme l’homme respire, et qui les en croit se trompe; ils travaillent; c’est ur métier de faire un livre, comme de faire une pendule : il ny a pas d’autre théorie vraie pour rendre compte des ouvrages de l’esprit. La Chanson de Roland aurait pu ne pas être; elle est parce qu’un homme fut. Elle est le don gratuit et magnifique que nous a fait cet homme, non pas une légion d'hommes ».
Nous voilà loin du romantisme, loin de ces façons d’interpréter un poème comme !l’obscure création d’une faculté naïve, d’un génie populaire, a’une inspiration collective, loin de cette conception d’un moyen Âge naïf, où n'auraient travaillé que des forces instinctives. Villemain ptotestait, dès 1830 ?, contre cette histoire psychologique et qu'on pourrait dire mystique de l'esprit humain doit il voyait la mode s'établir sous l’influence de la philosophie allemande; il critiquait ces notions d’ « âges divins », d’ « âges héroïques », qu'on prétendait appliquer au moyen âge ; il n’adthnettait pas qu’on parlât de cétte simplicité ptimitive d’une époque qu’il sentait, lui, singulièrement complexe. « S'il y a eu un Homère dans le moyen âge, écrivait-il 3, il n’a pas dû seulement être le témoin, l'interprète de la société féodale ;