‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 17 sur 173 · I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE

remplacement de mosquées par des églises, assistaient l’archevêque de Bordeaux ainsi que les évêques de Lescar, de Tarbes et de Bayonne. De ‘1082 à 1114, l'évêché de Pampelune fut occupé par Pierre d’Andouque, ancien moine de Conques. A la fin du xr° siècle, on voyait sur le siège d'Urgel l’évêque français Bernard Guilhen; sur le siège de Roda-Barbastro, l’évêque français Raimond Dalmace, qui eut pour successeur Pierre, ancien moine de Saint-Pons.

Aïnsi, à mesure que la puissance militaire augmentait son emprise sur la terre d'Espagne, le christianisme s’y implantait plus profondément, conquérant à sa manière : la victoire des armes était en même temps une victoire de la foi.

Simultanément, sur les voies où l'esprit de conquête et l'intérêt du christianisme mettaient l’animation des passages de troupes, il y avait,

… pour porter la ferveur du sentiment religieux, non seulement la foi des guerriers et du clergé qui les secondait, mais celle de voyageurs moins engagés dans l’action, qui, pour le seul salut de leur âme, s’acheminaient par les mêmes routes) vers les sanctuaires d’outre-monts : c’étaient les

; pèlerins.

ï Depuis longtemps déjà au x1° siècle, une pieuse

curiosité, devenue ensuite un devoir, les appelait

Su :

en foule à Rome, auprès de la châsse du prince des apôtres, et bien plus loin encore, en Palestine, à Jérusalem, auprès du Saint-Sépulcre. Mais, à une date également ancienne, un autre pèlerinage, pèlerinage majeur lui aussi, les attirait en Espagne, en Galice, à Saint-Jacques-de-Compostelle. Dès le début du v° siècle, saint Jacques passait pour avoir prêché dans la péninsule ; et une tradition qui s'établit par la suite voulait que Théodomir, évêque d’Iria, guidé par une étoile, eût retrouvé ses restes en 835. Le sanctuaire alors aménagé pour abriter ces reliques avait été détruit par les Maures en 0997. Mais Bermude III, roi des Asturies et de Léon de 1027 à 1037, l’avait reconstruit ; et à partir de ce moment-là, les pèlerins commencèrent à y affluer, venant de toute l’Europe, principalement d’ Allemagne, d’Angleterre et de France.

Or, tout de même que les guerriers chevauchaient sous le signe de la croix, les légions pacifiques des pèlerins cheminaient vers les autels parmi des souvenirs de batailles plus ou moins récentes. Ils avaient des raisons de s’intéresser À des événements militaires qui n'étaient pas sans rapport avec l’histoire des saints. Leur voyage était une manière d’expédition. Quand ils fran. chissaient les Pyrénées, ils quittaient la terre ancienne des fidèles pour s'engager dans un pays qui se trouvait naguère aux mains des Musulmans

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