‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 23 sur 173 · I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE rs · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE rs

résurrection significative du souvenir de l’empe- - reur.

Aux environs de l’année 1110, un moine de Pabbaye de Silos, au diocèse de Burgos, en racontant dans sa chronique la grande détresse subie par l'Espagne au vi siècle, contestait qu'il lui fût venu aucun secours de Charlemagne. S'1l reprochait aux Français, comme il l’a fait, d’avoir mensongèrement exalté le rôle du conquérant en lui attribuant la conquête de plusieurs villes au sud des Pyrénées, ses doléances ne pouvaient viser que des récits légendaires déjà répandus, auxquels il se plaisait à opposer le témoignage des Annales royales et celui d'Éginhard en sa Vie de Charlemagne t.

Plus précisément, vers la même époque, c’est de Roland lui-même qu’il commence à être question dans les textes.

Le 14 octobre 1096, sur le cours supérieur du gave de Pau, était consacrée l’abbaye de Saint-Péde-Generès. Parmi ceux qui assistèrent à la cérémonie et signèrent l’acte de garantie figuraient deux frères, dont l’un s’appelait Olivier et l’autre Roland. Il se peut que la rencontre de ces deux noms ait été le fait de l’accident et certaines raisons existent de le penser; mais il n’est pas tout à fait interdit d’y soupçonner l’influence

1, Chronicon monachi Silensis (España sagrada, t. XVII 271)

d’une popularité qui aurait déjà rendu célèbres les noms des deux compagnons de la légende et qui aurait incité un couple de parents à placer leurs deux fils sous leur double patronage. Cela dès l’année 1075 pour le moins, car en 1096, ces deux fils, garants d’un acte officiel, étaient certainement majeurs et devaient déjà jouir de quelque autorité !.

En tout cas, en 1109, alors qu’il écrivait son Histoire ecclésiastique, Hugues de Fleury, racontant d’après Éginhard la campagne de 778, ne se contentait pas de rapporter la phrase où son auteur nommait quelques-uns des personnages tombés au combat des Pyrénées : il ajoutait que le corps de

Roland, après sa mort, avait été rapporté au châ-

teau de Blaye et y avait reçu la sépulture ?. A cette date, par conséquent, le renom de Roland s'était étendu jusqu’à l’abbaye de Fleury-sur- Loire, à laquelle Hugues appartenait.

En l’année 1114 au plus tard, un moine de la même abbaye, Raoul le Tourtier, résumant dans l’une de ses épîtres en vers la légende d’Ami et Amile, racontait que Béliarde, pendant un combat où l’un des deux preux avait brisé ses armes, lui avait procuré, pour les remplacer, l’épée de son

1. Le texte a été réédité par M. F. Lot (Romania, t. LIV, 1928, p. 379). À noter qu'on ne possède pas la charte originale et qu'elle ne nous est connue que par des copies.

2. Dans les Monwmenta Germaniae historica, Scripiores, t. XX, p. 361.

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père : et cette épée, dit le poète, était celle du valeureux Roland, celle que l’illustre paladin avait reçue de son oncle Charles, l’épée qu’il portait toujours avec lui dans les batailles et dont

il avait mis à mort des milliers de païens 1.

Vers le même temps, entre 1112 et 1118, dans un livre consacré aux exploits de Tancrède, Raoul de Caen, décrivant un combat auquel avaient pris part Robert de Flandres et Hugues le Grand, les montrait frappant, l’un de la lance, l'autre de l’épée, comme si avait ressuscité en eux la vertu de Roland et d'Olivier 2.

Nul doute qu’à cette date la légende de Roland ait été en pleine vogue.

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