‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 25 sur 173 · II. LES ORIGINES DU POÈME · texte numérisé non relu

II. LES ORIGINES DU POÈME

——— —…—————————…— antérieurs, mal compris ou romantiquement inter-

- prétés ; et l’on se représente malaisément comment la Chanson de Roland, telle que nous la connaissons, aurait pu être chantée, au début d’une bataille, à la manière d’un péan.

Dira-t-on qu’il a pu exister du Roland une rédaction plus ancienne que celle d'Oxford et qui se prêtait mieux à l’emploi dont parle Guillaume ? À la vérité, la rédaction d'Oxford présente plu-

sieurs singularités qui ne sont pas le propre d’un texte irréprochable : «on y trouve des leçons dépourvues de sens, des substitutions de noms propres manifestement erronées, des phrases incomplètes, des vers inachevés, des omissions d’un ou plusieurs vers, et parfois même des étrangetés, des obscurités, qui touchent au fond même du récit. Maïs, si ce sont là des raisons de croire à l’existence d’un texte antérieur plus satisfai-

. sant, il ne paraît pas que ce texte ait été, en sa substance, différent de celui que nous possédons. Ce n’était pas une autre rédaction : c'était la même, simplement plus correcte et plus pure.

Aucun des textes conservés dans les divers manuscrits de Venise, de Châteauroux, de Paris ou d’ailleurs ne permet de remonter à une tradition ancienne qui aurait différé par sa contexture de la rédaction d'Oxford ; et il a été démontré que c’est sur cette dernière rédaction qu’a travaillé le remanieur dont le remaniement a été

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l’origine de tous les autres textes connus. La rédaction d'Oxford, aux erreurs près, qui déparent la copie, et qui sont d’ailleurs nombreuses, représente selon toute vraisemblance l’état primitif de la Chanson de Roland.

C’est donc au poème de nous connu que se rapporte le témoignage de Guillaume de Malmesbury et, pour les raisons qu’on a vues, ce témoignage est difficilement acceptable en ce qui concerne les rapports de la Chanson de Roland avec la bataille d'Hastings. Cependant, quelque crédit qu’on lui accorde ou qu’on lui refuse, il est certain que Guillaume, pour imaginer ou pour accueillir l'épisode qu’il a conté, devait tenir pour possible que la Chanson existât dès l’année 1066, date de la bataille livrée par les Normands aux Anglo-Saxons. En le croyant, peut-être se trompait-il. Mais il fallait tout au moins que, pour lui et pour ses contemporains, l’apparition de la. Chanson de Roland remontât, comme événement, au delà d’une date où ils auraient pu en être les témoins conscients. Il fallait que le poème leur semblât plus vieux qu’eux-mêmes. Il fallait que Guillaume de Malmesbury l’eût connu dès le temps de sa prime jeunesse. Et puisqu'il écrivait en 1125, n'ayant pas encore atteint la quarantaine, il est probable que la Chanson de Roland existait déjà en l’année 1100 environ.

L'étude interne de l’œuvre donne à penser qu’à

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