‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 27 sur 173 · II. LES ORIGINES DU POÈME · texte numérisé non relu

II. LES ORIGINES DU POÈME

emprunt personnel à la tradition biblique que l’auteur de la Chanson en aurait imaginé l’existence : le nom de Chananéens et, sous la forme alors en usage, de Canelius, a été fréquemment employé au x1r° siècle pour désigner les Sarrasins : il servait à flétrir, par une allusion à l’histoire sainte, les ennemis du vrai Dieu; et l’emploi semble en avoir commencé au temps où s'établit l’idée d’un grand conflit religieux entre l'Occident chrétien et l’Orient païen, c’est-à-dire à l’époque de la Première Croisade 1.

II résulte de ces faits que la Chanson dg Roland a été composée au xI° siècle, très probablement en ses dernières années, postérieurement à la Première Croisade, qui semble en avoir suggéré certains détails, antérieurement aux environs de l’année 1100, qui est la date où le témoignage de Guillaume de Malmesbury paraît en impliquer l’existence.

Le poète qui l’a imaginée ne nous a pas laissé son nom. Sa chanson se termine par le vers :

Ci falt la geste que Turoldus declinet, qui constitue une énigme restée jusqu'ici sans

solution. Car quelle est ici la signification du mot geste? La geste dont parle le texte, est-ce une

{ 1. Sur ces faits, dont toute la signification subsiste malgré certaines critiques, voir les Commentaires de M. Joseph Bédier,

bp. 50 et suivantes.

chanson de geste ? Ou bien est-ce une chronique ? Et que signifie le verbe décliner? Veut-il dire « composer » ? Ne peut-il pas aussi ‘bien exprimer l’idée de « transcrire », ou bien celle de « réciter », ou bien celle de « moduler » ? La « geste déclinée » par Turoldus, est-ce donc la Chanson de Roland, dont ce Turoldus serait l’auteur ? Ou bien Turoldus ne serait-il que le copiste du texte ? Ou bien serait-il le récitant qui l’aurait colportée ? Cette «geste» ne pourrait-elle pas être également le récit historique, la chronique, réelle ou supposée, placée sous le nom de Turoldus, que l’auteur du poème aurait voulu, sérieusement ou non, citer comme preuve de sa véracité et de l’authenticité des événements qu’il avait célébrés ? Autant d’hypothèses, autant d’incertitudes. Sans compter que le mot que lui-même, pronom relatif à première vue, pourrait à la rigueur se prendre comme une conjonction, au sens de « car » ; et si l’on admet que décliner signifie « faiblir » ou « défaillir », J’on serait autorisé à comprendre que le poème aurait pris fin parce que Turoldus ne se . serait plus senti la force ou le courage d’en conter plus long. Mais cette interprétation, non plus qu'aucune des précédentes, n’est pleinement satis-

faisante. Chacune se heurte à quelque difficulté :

logique, grammaticale ou linguistique. L’extrême assurance avec laquelle telle ou telle a été parfois proposée, le dédain plein de pitié manifesté par

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