‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 4 sur 173 · I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE

Anselme, comte du palais, et Roland, duc de la marche bretonne, ainsi qu’un grand nombre d’autres. Et cette aggression ne put être châtiée sur« le-champ : car l’ennemi, le coup fait, se dispersa si bien, que nul n’aurait seulement su dire en quel endroit il fallait le chercher.

Ainsi, une expédition de Charlemagne en Espagne, heureuse dans l’ensemble, accompagnée des prises et destructions de villes qui sont d’usage en pareille circonstance ; une cité, Saras gosse, qui, cependant, résiste à l’assaut du conquérant; puis, au retour, un guet-apens qui met l’armée en péril dans les défilés pyrénéens; Parrière-garde écrasée et anéantie jusqu’au dernier homme ; plusieurs hauts personnages de la cour royale tués dans cette bataille et, parmi eux, Rolard ; un ennemi léger, mobile, fuyant, qui se disperse aussitôt le coup porté ; l’obligation pour le Franc de différer sa sanction : ce sont là autant de données historiques qui réapparaissent dans la Chanson de Roland, plus ou moins purement conservées.

Là

L'histoire a done été ici à l’origine de la légende : le fait est certain. Mais c’est un fait non moins certain que la légende n’est pas sortie de l’histoire par une opération simple et continue et qu’elle n’en a pas été le prolongement naturel.

Il est vrai qu’on en a souvent jugé différem-

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ment. Une idée dérivée des systèmes historicophilosophiques de Herder et de Wolf, accueillie d’abord par les frères Grimm, puis introduite en France, vers 1830, par Fauriel, s’est imposée depuis ce moment-là à une longue suite d’kistoriens. Indépendamment des variantes qu’y ont introduites tels ou tels de ses partisans, elle voulait, essentiellement, que les épopées françaises eussent été une invention contemporaine des événements ‘qu’elles célébraient. Sur l’aspect qu'elles auraient revêtu au temps de leur première existence les

-opinions ont varié. Les uns, comme Gaston Paris,

ont pensé qu’elles affectaient alors la forme de chants à demi lyriques, la forme de ce qu’on a ‘commencé à appeler, vers 1835, des .cantilènes : c’est-à-dire des poèmes, dont pas un seul, à la vérité, ne nous est parvenu, mais dont il serait permis de supposer l’existence et qui se seraient présentés comme des compositions rapides et concises où dominait la passion, où les événements n'étaient que sommairement racontés et où l’auteur visait moins à la beauté du récit qu’à la force de l'émotion. D’autres, comme Pio RajnaË ont pensé que la forme de l’épopée proprement dite, venue de Germanie, s’offrait à l'inspiration des poètes dès l’époque des Mérovingiens et des Carolingiens et que c'était jusqu’à ces âges lointains qu’il convenait de faire remonter, bien qu’il n’en

ait rien subsisté, les commencements de la chan-

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