‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 31 sur 173 · I. LA TRAHISON · texte numérisé non relu

I. LA TRAHISON

L'ambassade sarrasine (vers 1-162). — Dans un verger de Saragosse, étendu, à la molle manière des Orientaux, sur un perron de marbre bleu, Marsille, le roi sarrasin, l’idolâtre, l’ennemi de Dieu, préside à l’assemblée de ses ducs et de ses comtes. Deputs sept années pleines, Charles, le grand empereur des Francs, guerroïe contre lui en Espagne : plus de château pour lui résister, plus de rempart, plus de cité. La défaite a épuisé les forces de l’Infidèle. Marsille n’a plus armée qui vaille pour tenir tête à son ennemi ; il se sent menacé par la mort et l’humiliation ; et c’est pourquoi il a convoqué les siens et leur demande conseil,

En cette situation désespérée quel conseil donneraient-ils ? Tous se taisent, à l’exception d’un seul : c’est Blancandrin, l’astucieux, le fourbe Blancandrin. Qu’on feigne, propose ce félon, de céder à Charlemagne ; qu’on lui demande la paix

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et qu’on lui promette toutes les satisfactions qu’il voudra. Il s’en retournera en France ; et quant aux promesses qu’on lui aura faites, elles resteront éternellement des promesses, vaines et sans effet.

Il dit au roi : « Ne vous effrayez point ! Offrez au fier et orgueilleux Charlemagne votre loyal service et votre pleine amitié. Promettez-lui des ours, des lions et des chiens, sept cents chameaux et mille autours sortis de mue, de l’or et de l'argent autant qu’en pourront charger quatre cents mulets, qu’en pourront charrier cinquante chariots. Il aura là de quoi payer largement ses soldats. Il a sufisamment bataillé sur cette terre : qu’il s’en retourne en France, à Aix ! Dites-lui que vous l’y rejoindrez à la Saint-Michel, que vous recevrez la loi chrétienne, que vous deviendrez son vassal loyal et sincère. S'il exige des otages, livrez-lui-en dix, vingt, pour lui inspirer confiance. Envoyons-lui les fils de nos femmes : dût-il périr, J’y enverrai le mien. Mieux vaut qu'ils y perdent leurs têtes et que nous ne perdions pas, nous, nos fiefs et seigneuries, que nous ne soyons pas réduits à mendier !»

Blancandrin dit : « J'en jure par ma main droite, par la barbe qui flotte sur ma poitrine : vous verrez l’armée des Français se disperser. Les Francs regagneront la France, leur pays. Quand chacun aura regagné son meilleur domaine, Charles, à

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