I. LA TRAHISON GT
Aix, sa chapelle, célèbrera en grande pompe la fête de saint Michel. Mais le jour sera venu et le terme sera passé sans qu’il entende parler de nous. Le roi est fier et de cœur rude : il fera trancher la tête à nos otages. Mais mieux vaut qu'ils y perdent leurs têtes, pourvu que nous ne perdions pas, nous, la claire, la belle Espagne et que nous n’ayons pas à endurer misère et détresse ! »
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Les païens se rangent à cet avis et le roi Marsille compose une ambassade de dix seigneurs, dont Blancandrin sera le chef. Ils iront trouver Charkemagne, porteurs de rameaux d’olivier, qui sont le signe des intentions pacifiques. Ils traiteront comme il a été convenu pour obtenir qu’il s’en retourne chez lui. Et sur dix mules blanches, à freins d’or et selles d’argent, ils se mettent en route. |
Ho * *
Ils arrivent au camp de Charlemagne. C’est devant Cordres, que l’empereur vient de prendre. Dans un grand verger, au milieu de la campagne, quinze mille Français sont assemblés. Des tapis de soie blanche leur servent de siège: Ils sont riches, forts et joyeux : la victoire les accompagne. Entre deux batailles ils délassent, en jouant, leurs corps et leurs esprits. Sous un pin, près d’un églantier, se dresse un fauteuil d’or pur : c’est là qu'est assis le roi qui gouverne la France.
Sa fière prestance le distingue entre tous : il a la barbe blanche et le chef tout fleuri; sa taille est belle, son port majestueux : il n’est pas besoin de le désigner à qui le cherche.
Blancandrin va droit à lui. Affectant de le saluer à la mode chrétienne, comme s’il était déjà converti à sa loi, il lui répète le message mensonger dont il a été l’instigateur et dont Marsille l’a chargé. À la nouvelle que les paiens acceptent de se soumettre aux commandements de la vraie religion, Charlemagne élève ses deux mains vers le ciel : de ce geste, il offre à Dieu, comme un hommage, le succès de ses armes ; il lui exprime sa gratitude ; mais il implore aussi le secours de sa Sagesse : car la proposition des païens veut qu'on y réfléchisse. Il incline la tête sur sa poitrine, il se prend à méditer, en homme habitué à ne point se hâter et à peser ses décisions. Puis, redressant fièrement son visage, il demande « Fort bien ! Mais le roi Marsille est un grand ennemi : en quelle mesure puis-je me fier à ses paroles ? » Et comme Blancandrin lui promet aussitôt dix et quinze et vingt otages, des plus nobles, parmi lesquels sera l’un de ses propres fils, Charlemagne, songeant à Marsille, . qui s'offre à recevoir le baptême, ne répond que par ces mots : «Son salut est encore possible! » Il n’en dit pas plus long. Peut-être, malgré la promesse d’otages, doute-t-il de la sincérité des
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