‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 33 sur 173 · I. LA TRAHISON | ee · texte numérisé non relu

I. LA TRAHISON | ee

paiens. Mais comment pourrait-il lire dans leur cœur ? En tout cas, il consultera ses barons.

C’est un bel après-midi, trompeur en son éclat comme le discours de Blancandrin ; un clair soleil luit dans le ciel.

Le conseil de l’empereur (vers 163-341). — Le lendemain, au retour du jour, l’empereur réunit son conseil. À cette assemblée solennelle viennent plus de mille Français de France, la fleur des hommes de l’empire. Les meilleurs des chevaliers sont là : Ogier de Danemark, Olivier, Roland, et beaucoup d’autres; mais, par malheur, au milieu d’eux se trouve aussi le comte Ganelon, celui qui devait, annonce le poète, « faire la trahison ».

Charlemagne leur expose le message qu’il a recu du roi Marsille : le paiïen se soumet et, pourvu que les Français rentrent en France, il s'engage à livrer d’innombrables richesses, à recevoir la loi chrétienne et à reconnaître la suzeraineté de l’empereur. Mais il s’agit de savoir quelle est sa véritable intention et s’il faut lui accorder confiance. Se paiera-t-on de ses promesses ? Ou bien continuera-t-on la guerre ?

Aussitôt deux avis s'affrontent : celui de Roland et celui de Ganelon.

Roland, le premier, se lève et, selon l'usage, va se placer devant l’empereur. Il parle. La pro-

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position du païen ne jui agrée point : il faut, dit-il, la repousser et mener la guerre jusqu’au bout. Marsille ne mérite aucune confiance. Sa traîtrise s’est déjà révélée quand, précédemment, il a adressé à l’empereur quinze de ses chevaliers, tous porteurs, eux aussi, de rameaux d’olivier, et qui tenaient les mêmes discours que ses nouveaux messagers : à Basan et à Basille, les deux comtes envoyés par l’empereur pour répondre à cette ambassade, il a fait trancher la tête. Que

la guerre continue donc comme elle a commencé !

Qu'on aille à Saragosse ! Qu’on y mette le siège, dût-on y rester toute sa vie !

L'empereur garde le silence. Le visage incliné vers le sol, il lisse sa longue barbe. Il a consulté : il attend, il écoute.

Or voici que Ganelon se lève à son tour, vient devant l’empereur et oppose brutalement son conseil à celui de Roland : Marsille propose la paix ? Qu'on l’accepte donc ! C’est la sagesse, et silence aux fous ! Il dit à Charles :

« N’aillez pas vous fier au conseil du premier venu, ni au mien, ni à celui de personne ! N’écoutez que votre intérêt. Le roi Marsille vous mande que, joignant les mains selon le rite, il se fera votre homme-lige, qu'il tiendra l'Espagne de votre autorité et qu'il recevra la loi de notre religion. Celui qui veut vous faire repousser cet accord, peu lui

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