I. LA TRAHISON
importe, seigneur, de quelle mort nous mourrons | Conseil d’orgueil ne doit pas l'emporter : laissons les fous, suivons les sages. »
Ganelon a parlé avec irritation, peut-être comme un homme contrarié dans ses intérêts et qui, pour lui-même, désire avant tout la paix. Cependant son avis, de quelque intention qu'il procède, peut aussi paraître bon ; et quand, après lui, le sage duc Naimes le reprend en termes plus modérés, 1l n’a pas de peine à le faire approuver des Francs : le roi Marsille est vaincu ; Charles lui a enlevé ses châteaux, incendié ses cités, anéanti ses armées ; si le vaincu implore sa merci, quelle raison de chercher plus d’avantages ? Pourvu qu’il fournisse garantie d’otages, la guerre, qui a si longtemps duré, devra prendre fin. On tâchera donc de traiter avec Marsille et une ambassade répondra à son ambassade.
Il ne s’agit plus que de choisir un ambassadeur : petite affaire, semble-t-il, en regard de la grave question dont on vient de délibérer. Et cependant ! comment ne pas éprouver une pointe d'inquiétude ? Le ton agressif de Ganelon, dont on sait qu’il « fera la trahison », n’a pas été sans surprendre. Il a tranché aussi bien sur le discours
> ferme, mais mesuré, de Roland que sur les paroles prudentes de Naimes. Son conseil, qu’on
sait funeste, puisque, même sans le vouloir, il sert l'intérêt sarrasin, l’a déjà fait apparaître, sinon comme un mauvais conseiller, du moins comme un conseiller de malheur. Que veut donc cet homme? À quels mobiles obéit-1l?
On ne le saura que plus tard. En attendant, ce qu'on apprend à connaître, ce sont les belles figures des barons de l’empereur, ses fidèles vassaux, toujours prêts pour son service, et qu’inspire un sentiment passionné de l’honneur. La plus noble émulation les anime. Et quand Charlemagne interroge son conseil pour la désignation d’un ambassadeur, les voici qui, avertis du péril, se proposent à l’envi : c’est Naimes, qui, ayant parlé en faveur d’un accord, s’estime tenu d’en revendiquer tous les risques; c’est Roland qui, ayant parlé pour la continuation de la guerre, prétend, du moment qu’il y a danger, porter le message de paix ; c’est Olivier qui, par amitié et craignant la vivacité de Roland, réclame la mission pour lui-même ; c’est Turpin qui, pour tout arranger et laisser un peu de repos à tant de vaillants guerriers, demande à être désigné pour «aller trouver, dit-il plaisamment, le Sarrasin d’Espagne et voir un peu comme il est fait ».
Mais Charlemagne ne veut ni des uns ni des autres. Tous, successivement, avec une rudesse affectueuse, il les renvoie s’asseoir à mesure qu’ils se présentent : il ne veut se séparer ni du sage
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